L'Ost de Montjoie
VITA AQUITANORUM
La vie en Aquitaine au XIIe siècle à travers nos personnages



Introduction

Nos personnages
Les seigneureries
Quelques particularités de l'Aquitaine au XIIe siècle

Carte des Seigneuries

Lexique
Prénoms
Un mot sur l'héraldique utilisée par nos personnages

Bibliographie (non exhaustive)


Introduction

Afin de donner corps à nos recherches, et réaliser une dynamique de progression cohérente pour les costumes et les équipements à un niveau individuel aussi bien que commun, nous développons trois groupes différents, dont les ressortissants, personnages fictifs de notre création, vont interagir entre eux suivant les besoins du moment dans un campement que nous reconstituons.

Par commodité, nous avons choisi de créer de toute pièce des gens qui auraient pu exister et vivre au XIIe siècle en Aquitaine.

Et pour que la comparaison soit plus aisée, nous avons inclus ça et là des personnages "étrangers", qui nous permettent de montrer de ce fait la grande mobilité de certaines personnes de l'époque, mais également de mettre en avant ce particularisme aquitain (i.e. l'actuel Grand Sud Ouest) du XIIe siècle qui est cher à beaucoup d'entre nous.
Pourquoi des personnages fictifs, appartenant à des seigneuries fictives dans un monde ayant été autrefois bien réel... simplement par volonté de rigueur et de liberté conjuguées.



En effet:
- Il est très difficile de recréer (et à fortiori de rejouer correctement) une personne connue ou simplement ayant existé, car pour que des éléments suffisants permettant de retracer des détails de leur vie nous aient été accessibles, il eut fallu que ces derniers fussent des personnages de haut lignage, dignes d'avoir une geste à leur gloire. Et encore...
Qui ne connaît pas Aliénor, mais qui peut vraiment affirmer quel était son comportement réel au quotidien - et non pas celui relevé à travers les yeux des clercs qui ont rédigé les bribes d'une histoire souvent orientée. Et qui pourrait alors évoquer dans le détail la vie de Guillaume, prévôt à Bordeaux en 1127... sans en inventer la quasi totalité.
Reprendre à son compte une vie qui a existé sans en connaître tous les tenants et aboutissants ne sert à notre sens qu'à s'approprier un nom et ne fait que réduire une vie passée à l'état d'une coquille vide.
Nous tirons donc le plus caractéristique ou le plus remarquable de vraies vies pour en reconstruire de nouvelles.

- D'autre part, si nous voulions recréer des personnages de quelques hauts lignages, la reconstruction des costumes et des équipements d'une façon correctement historique sans tomber dans le travers du déguisement nécessiterait des moyens financiers malheureusement bien réels que des particuliers ne peuvent raisonnablement pas toujours avoir. Il est certainement plus difficile, voire quasiment impossible, de relier formellement ces moyens et petits personnages à une iconographie précise.



Cependant, il est à notre sens plus cohérent de recréer des personnages "écoles" vivant dans des seigneuries "types" (si tant est qu'il y en a eu) en additionnant ensemble des tranches de plusieurs vraies vies relevées dans des recueils, chartes, chroniques et cartulaires, plutôt que de vouloir incarner des personnages ayant réellement vécu, au risque de tronquer leurs vies et de les présenter totalement à contre-pied de ce qu'ils auront été... souvent par manque d'informations à notre disposition.
Nous voulions donc montrer des personnages du Sud Ouest, mais pas uniquement ceux qui faisaient la guerre. Nous voulions également replacer les milites dans leur contexte en présentant aussi leur environnement, au moins par leur entourage immédiat. Tous ici sont des personnages de rangs bas à moyens...

Ici, donc point de roi, ou de duc ni même de comte. Ces derniers sont présents uniquement en arrière-plan dans nos propos pour re-situer nos personnages dans un contexte historique, social, religieux et géopolitique. Notre personnage le plus élevé est Uc, un seigneur possédant un titre familial de comtors assorti de petites fonctions ecclésiastiques mais additionnées d'une une mission de légat (ce qui n'est déjà pas si mal)... Les autres sont d'obscurs petits nobilites, divites, mediocres, milites, serfs, jongleurs, vilains, artisans, troubadours, religieux, laïcs... Tous, hommes ou femmes à qui l'histoire n'aurait guère plus consacré que quelques mots, voire quelques lignes dans un cartulaire s'ils avaient vécu.
La grande difficulté fut donc ici de ne pas trop charger nos seigneuries en personnages ayant des vies particulières et d'essayer de leur donner des vies banales...


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Placer cette rubrique sur nos personnages dans celle de l'animation ou de la reconstitution fut un choix difficile.
En effet, si "jouer" son personnage demande des capacités théâtrales, de spectacle de rue et d'animation, la vie de nos personnages bien qu'artificielle demande une énorme quantité de recherche, tant pour les raccrocher à l'Histoire, que pour cerner leurs interactions sociales, ou plus "simplement" pour en recréer costumes, équipements et attitudes, et finir par arriver à mettre tout cela en adéquation pour un résultat cohérent.
Nos personnages interviennent donc à part égale dans l'ensemble de nos activités de reconstitution et d'animation, au même titre que nos costumes ou nos équipements.



Ils représentent l’interface entre nos recherches et la façon de les restituer autour de nous.
Ils sont entre la reconstitution, l'animation, l'histoire vivante et l'évocation.
Ces personnages nous permettent de donner de la profondeur à notre propos lors de nos animations. En cela, nous les "jouons" comme des rôles non figés d'un théâtre évolutif. Nous enrichissons leurs vies des résultats de nouvelles recherches, mais également d'expériences provenant d'anecdotes survenues lors de nos pérégrinations.

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Pour argumenter la vie de ces personnages, une longue étude de tous ces cartulaires aura été nécessaire.
A ce sujet, je tiens à remercier José, Patrick, Jean-Jacques et Philippe, mes collègues et complices de la B.U. pour leur aide et leur conseils précieux dans ma quête documentaire ainsi que l'intérêt qu'ils ont bien voulu porter à mes recherches.
Je tiens également à remercier les membres de l'Ost qui ont joué les "stars" devant les appareils photo, devant refaire sans cesse les prises de vue malgré la chaleur, la pluie ou parfois le gel.
Et enfin un grand merci à Sandra (Melissande / Milecendis) ma moitié dans la vie et à la scène, qui a patiemment attendu plus d'une année et demi que je publie ce travail, en brodant patiemment mes costumes à côté de moi.


Philippe
tier lo teignou
Le 06 février 2007
.VIII. idas februario, anno .MMVII.
Modifié le 20 sept 2007
.XII. kalendas octobris, anno .MMVII.



ATTENTION
Les personnages, noms, textes, aventures et photos présentés sur ces pages
sont soumis à un accord écrit de notre part pour toute utilisation.

Nos personnages

Cachepur

 

Castelpeyrre

les Stipendiaires et autres itinérants

Hommes

Femmes

Religieux

Hommes

Femmes

Religieux

Hommes

Femmes

Religieux

Renier

Judith

Alfredus

 

Tancrède

Cristina

Uc

 

Guillelm

Rixende

 

Itier

Melissande

 

 

Guilhem

Alpasia

Mathieu

 

Arnaut

 

 

Ernauton

Aenor

 

 

Peyrre

 

 

 

Hugo

 

 

Luc

Beatrix

 

 

Jehan

 

 

 

Tizo

 

 

Enguerrand

Aelis

 

 

Sanche Galard

 

 

 

 

 

 

Onfroi

Brunissende

 

 

Aymeri

 

 

 

 

 

 

Guillaume Aigret

Osiria

 

 

Amauvin

 

 

 

 

 

 

Richard

 

 

 

Vuillelm

 

 

 

 

 

 

Olivier

 

 

 

Envezat

 

 

 

 

 

 

Amanieu          
Adémar          

Clarin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gaston

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Abélard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




EXPLICATION DES GROUPES PROPOSES

Nos personnages vivent dans le Grand Sud Ouest et la vie que nous leur avons écrite se veut représenter celles de quelques Aquitains.
Malgré les difficultés, nous avons essayé d'être les plus exhaustifs possibles dans notre présentation, aussi avons nous classés
nos personnages dans trois groupes chacun d'un niveau différent, ce qui nous a permis de montrer des spécificités locales, tout en insistant sur le côté relatif et non absolu des charges seigneuriales, des niveaux sociaux, et bien entendu des costumes et équipements qui en découlent. Ce décalage nous permettra d'effectuer des comparaisons horizontales: En effet, le niveau d'équipement et la richesse des vêtements d'un personnage étaient fonction certes de son niveau social, mais avant tout des gens dont il dépendait.



Ainsi un simple sergent de la familia du duc des Aquitains était souvent bien mieux équipé qu'un petit seigneur du fin fond du Périgord. Cela vient du système seigneurial lui même: le seigneur équipe directement ou indirectement ses vassaux.
Dans ce que nous présentons, il y a certes des traits de société communs avec d'autres régions aux structures beaucoup plus féodales, mais nous avons surtout mis en avant certains des particularismes locaux les plus marquants, ou du moins ceux dont la fréquence était plus importante en
Aquitaine au XIIe qu'ailleurs en Gaule.
Au travers de nos personnages, nous avons donc tenté de brosser et de mettre en relief, par le biais d'une hiérarchisation de soldats et de leur entourage, un rapide et simpliste tableau de la société de l'Aquitaine d'alors (Bordelais, Poitou, Bas-Poitou, Berry, Aunis, Saintonge, Limousin, Périgord, Bazadais, Agenais, Gascogne, Toulousain, Auvergne, Port de Cize, Béarn... Mais ce tableau est très incomplet, car nous n'abordons pour le moment que superficiellement le côté ecclésiastique alors que ce dernier était omniprésent, et à peine effleurons nous cet art nouveau si caractéristique de notre région: le trobar.
Pour les lieux, nous avons suivi le même protocole que pour les personnages.
Nous avons donné pour origines des lieux historiques et recherché les noms correspondants de l'époque, lorsque le personnage en question était suffisamment bas socialement.

Par contre, les personnages censés être de plus haut rang, dirigeant un domaine, ou dont on aurait parlé dans l'histoire, ceux ci habitent un village, une seigneurie de notre invention.
De ce fait, au lieu de nous enfermer dans l'histoire d'un lieu réel, avec ses contraintes et ses limites, nous avons préféré inventer des seigneuries fictives, transposables partout dans le grand sud ouest. Nous voulions sortir des sentiers battus et ne pas représenter la sempiternelle "troupe de mercenaires" qui ne sait pas trop pourquoi elle est là, mais qui en tout cas va se battre (sans plus de procès) devant ses spectateurs...



Notre choix nous permet au contraire de faire évoluer des "personnages école" dans des "seigneuries école" matérialisée par les endroits où nous nous trouvons et adaptables à leurs contraintes. Ainsi, si Saintes, Agen, Basas sont évidement réels, ne cherchez pas de seigneurie de Cachepur ni même une forêt de Combabreuilh, et encore moins dans les chroniques un forestarius né à Vésonne dénommé Ernauton, ni un Uc, comtor et seigneur d'une quelconque seigneurie de Castelpeyrre... Ni eux, ni leur domaines n'ont jamais existé. Seul certains des lieux de naissance de certains de ces personnages ont existé..., comme vesunna, mais lorsqu' Ernauton y est né, il n'était rien.
Les seigneuries et leurs ressortissants tirent leur sources de plusieurs lieux et faits réels.

Voici donc nos groupes tels que nous les avons reconstituées...

Niveau 1: Les stipendiaires, amuseurs, et autres sans lieux

Niveau 2: Cachepur, la seigneurie retranchée

Niveau 3: Castelpeyrre l'attaquante



Niveau 1: Les stipendiaires et amuseurs, un groupe nomade

Groupe embryonnaire co-dirigé par deux milites d'origines très différentes cherchant tous deux à se fixer et suivi par des gens variés, nos stipendiaires forment un groupe hétérogène dont les personnages ont pour seul trait commun l'absence d'attache à long terme, et l'absence de revenus fonciers.

Il s'apparente à une "association de personnes" de divers statuts sociaux menée par des soldats sans terre (non casati) en quête d'un fief, ou voulant retrouver un honor perdu.
Agrégés entre eux à la suite de mésaventures personnelles, les milites de ce groupe se louent avec leur suite aux seigneurs locaux voulant bien faire appel à eux. Ils nous servent de ce fait à augmenter l'effectif de l'une ou l'autre seigneurie suivant les besoins du moment et de l'animation.Par ailleurs, en tant qu'une des caractéristiques majeures de l'Aquitaine du XIIe siècle, le trobar se doit d'être représenté, aussi nous efforçons nous de le développer.
Cigales itinérantes, jongleurs et amuseurs de tout poil se sont agrégés dans le sillage des milites errants, et nous permettent d'agrémenter nos cours seigneuriales des divertissements qui leur sont dus.





Ne possédant aucune interaction avec les autres seigneuries à titre collectif, chaque sans lieu possède localement des attaches pouvant se révéler très fortes à titre individuel.
Le passif et le nomadisme de ses ressortissants évoluant et s'associant au hasard des opportunités qui s'offrent à eux, le groupe des stipendiaires et des sans lieux est un groupe synthétique et hétérogène qui nous permet de montrer des équipements et des personnages un peu plus "exotiques" (dans une certaine mesure raisonnable de date et de lieu) par rapport aux autres groupes censés posséder des équipements majoritairement plus locaux (donc avec une homogénéité plus affirmée).

Composé de gens disparates, on trouve surtout ici des personnages en marge n'ayant pas su trouver leur place dans l'ordre établi du monde: Jeunes en quête d'un honor, nobiles déchus avec parfois les milites qui les ont suivi, serfs en fuite, anciens clercs défroqués, amuseurs et ménestrels partis à l'aventure et cherchant à se faire une renommée, etc...

En évocation du XIIe siècle, il ne faut pas confondre un chevalier sans terre se louant accompagné de ses suivants éventuels avec la vision caricaturale du mercenaire totalement libre de ses actes. C'est pour cela que nous préférons utiliser l'adjectif "stipendiaire", ce terme étant moins chargé de signification négative pour le public du XXIe siècle.


Niveau 2: La seigneurie de Cachepur


Cachepur est une seigneurie banale du Périgord, à la frontière d'influence entre le Midi toulousain, le Poitou et l'Aquitaine et présente quelques particularismes saintongeais, périgordins et limousins. Outre ses revenus relativement modestes, c'est également une seigneurie peu moderne en matière d'équipement, voire archaïque dans bien des domaines comparée à son ennemie, ce qui nous permet de puiser pour elle certaines de nos références en début de siècle.

Dans notre scénario, c'est la seigneurie locale, celle qui subit les attaques de la part de son ennemie, la seigneurie ecclésiastique de Castelpeyrre.
Comme dans beaucoup d'autres seigneuries d'Aquitaine, sa zone d'influence comprend des terres obtenues par cessations, mariages, legs, échanges, dons, mais aussi extorsions, rapts, vols, guerres, etc... et renferme des alleux se trouvant parfois enclavés au milieux d'autres (plus ou moins lointaines) seigneuries.
Nos actions sont censées se dérouler sur ses terres, où sur les domaines qui dépendent de son influence. Cela nous permet de mettre en valeur certains particularismes régionaux en matière de "féodalité", et de les détacher du modèle alors communément admis pour les régions plus au nord. En cela, Cachepur se complète avec son ennemie, par leurs (supposées) étendues sur des aires d'usages et de coutumes de la zone de droit écrit.
Mais surtout, même si cette seigneurie tient la répartie à sa puissante voisine, Cachepur nous permet de montrer des niveaux plus modestes de la société, car justement, nos actions se déroulent en limites de Cachepur, donc proches des paysans qui y vivent et de leur cultures.



A la famille dirigeante détentrice du pouvoir banal, déjà déchirée par d'incessantes querelles successorales, s'ajoutent des vassaux, vavassaux, barons et milites de divers niveaux de l'aristocratie. Tous sont plus diversement liés par convenientiae, ces contrats écrits si caractéristiques du sud qui tiennent le haut du pavé face aux hommages du nord encore ici peu usités.

Nous développons également ici les subtilités de la caste des hommes d'armes par des intermédiaires peu connus, notamment en tentant de nous affranchir, avec plus ou moins de succès il est vrai, des écueils de vocabulaire pour une même fonction (i.e. dapifer, vegerius, prepositus, vicarius...).

Pour ce faire, nous mettons en scène des agents locaux de pouvoir et de justice seigneuriale. Ces derniers sont de simples officiers détenteurs d'une charge concédée par leur autorité, parfois devenus eux mêmes, à leur échelon, de véritable petits seigneurs. Là encore, la comparaison entre Cachepur, nos deux autres groupes et des exemples provenant d'autres régions de Gaule, met en évidence certains particularismes locaux et des disparités pour une même fonction.

Par ailleurs, Cachepur nous permet de montrer un aspect méconnu du rôle et des possibilités de certaines femmes: La capacité à diriger comme leur maris un domaine et à commander personnellement leurs vassaux. Ayant depuis longtemps intégré cet aspect, nous le restituons en nous appuyant sur des cas concrets. Une étude plus précise sera sous peu spécifiquement consacrée à ce sujet.

En tant que seigneurie "défensive" sur laquelle se déroule notre action, Cachepur doit donc nous permettre de présenter des gens qui y vivent et y travaillent. Roturiers, vilains, rustres, homines naturales, pagesii, serfs, questaux, legii et colliberts, montrent (en concentré il est vrai) la complexité de la société du Sud Ouest d'alors. Nous tentons donc de développer ici certains aspects de la condition assez nébuleuse des laboratores (ceux qui travaillent) de cette époque que nous démêlons au travers du récit de leur vies, faisant des uns des serfs riches et puissants, ministériaux détenteurs d'une portion du ban seigneurial, d'autres des vilains autrefois libres et désormais enquestalés, d'autres des lides, d'autres des cul-verts, d'autres des vilains libres mais pauvres comme Job...etc... Tout un univers ô combien passionnant mais beaucoup plus complexe et moins noir qu'on a bien voulu nous le décrire dans nos vieux manuels d'Histoire, et qui fourmille de disparités locales à l'échelle du pays.



Cette restitution là est difficile, car les nombreux cartulaires étudiés ne sont pas toujours prolixes de détails du quotidiens de personnes qui retenaient peu l'attention des chroniqueurs, du moins pas plus que le strict nécessaire, et les nombreux ouvrages de références dont nous nous sommes servis n'en disent pas vraiment beaucoup plus non plus. C'est donc par recoupements que nous avons dû oser une synthèse de tranches de vie.




On ne saurait enfin reconstituer le XIIe siècle en se passant de l'aspect religieux, omniprésent alors.
A côté des seigneurs de Cachepur vit une communauté religieuse d'obédience clunisienne construite grâce aux dons des seigneurs laïcs du lieu, et dont le prieur fut choisi parmi l'un des fils de la famille dirigeante. D'autre part, les églises appartiennent au seigneur et seul l'autel appartient au clergé, les dîmes sont inféodées. Des vilains ou des serfs sont prêtres, fils de prêtres, et mariés eux mêmes, les moines font du commerce lucratif et vivent luxueusement...
L'étude des cartulaires nous a parfois montré des choses incroyables, comme cette expédition punitive manu militari de moines contre ceux d'une congrégation rivale... aussi dans un soucis de relative clarté, avons nous volontairement ordonné cet antagonisme de façon cartésienne en l'associant étroitement aux antagonismes séculiers.

Cachepur, par des subtilités familiales soutient la cause clunisienne, alors que sa rivale Castelpeyrre soutient la pensée cistercienne, ce qui contribue à alimenter les dissensions entre les deux seigneuries.

Cachepur nous permet donc de présenter toute une chaîne plausible de commandement depuis le seigneur, sommet de la pyramide sociale locale et détenteur du ban, jusqu'à l'ouvrier agricole journalier assimilé au serf ou au collibert qui ne possède rien, si ce n'est son âme.

Enfin, Cachepur nous sert d'assise pour d'autres projets qui sont exposés ailleurs sur ce site.
C'est en effet à Combabreuilh, seigneurie frontalière étroitement dépendante de Cachepur, que se tiendra notre donjon en bois sur motte, sa chapelle et son village...

Cachepur signifie Cachepoux, cache misère...


Niveau 3: La seigneurie de Castelpeyrre


La seigneurie de Castelpeyrre est de loin le groupe le plus riche et le plus puissant parmi ceux que nous présentons. Ses revenus lui permettent de procurer à ses hommes d'armes des équipements plus modernes que leurs ennemis n'en possèdent à des fonctions similaires. Moins cantonnée dans ses murs que sa rivale, cette seigneurie est également plus "moderne" dans ses relations entre les personnes, en usant un peu plus d'aspects purement "féodaux" comme l'hommage et le serment tel qu'ils sont pratiqués plus au nord. Cependant, ses relations étendues nous permettent également d'y développer des détails juridiques tirés de documents de régions plus périphériques du Poitou, de Gascogne et du Limousin, inscrivant de ce fait pleinement Castelpeyrre comme une seigneurie du Grand Sud Ouest.

Cette châtellenie possède des vassaux, arrières-vassaux, milites, ministériaux, nobiles, divites, mediocres, prêtres et moines, vilains, rustres, hommes libres ou serfs attachés à des terres parfois tenues en coseigneurie avec sa rivale justement. Comme sa rivale, elle fédère des alleux, inféode dans sa clientèle d'autres seigneuries de diverses puissances dont certaines s'avèrent quasiment indépendantes, tandis que d'autres sont si pauvre que le maître ruiné en est réduit à cultiver lui même sa terre. C'est la taille de sa familia qui donne à Castelpeyrre ses revenus, donc son importance.
Castelpeyrre est donc une seigneurie en tout point similaire à celle de Cachepur, si ce n'est qu'elle est dirigée par un seigneur possédant un rang eclésiastique mais présentant à lui seul nombre de caractéristiques religieuses et sociales contradictoires.





Ici aussi, quelques personnes et fonctions particulières sont mis en avant, justement pour montrer au travers de leurs prérogatives dans la seigneurie, une concordance déroutante avec celles de leurs homologues de la seigneurie plus modeste. C'est le cas des officiers seigneuriaux par exemples.
Pour compléter l'antagonisme avec sa rivale, nous avons dotés Castelpeyrre d'un prieuré d'obédience cistercienne sur ses terres parmi celles les plus périphériques vers Cachepur, permettant ainsi de contrer sur plusieurs points, les clunisiens du prieuré voisin.

Enfin, pour ne pas faire redondance et montrer deux fois les mêmes aspects dans notre histoire, nous avons fait de Castelpeyrre une seigneurie en dehors de ses murs. C'est celle qui attaque la seigneurie voisine avec son ost.

A ce titre, les soldats présentés ici sont des combattants de niveau variable, certains étant equites, d'autres des pedites, d'autres de simples clientes. Tous sont cependant des milites, soldats professionnels ou semi professionnels s'acquittant de leurs obligations envers leurs seigneurs contre un honor, une rente ou un revenu. Du fait de la richesse de Castelpeyrre, les milites de son ost sont donc mieux équipés à fonctions égales dans les armées en présence que leurs homologues des deux autres groupes. Castelpeyrre nous permet de montrer des optimates constituant une partie du ban seigneurial parti en expédition, en chevauchée, suivis de leurs hommes.
Rares y sont donc les personnages civils. Tout au plus verra-t-on des plénipotentiaires, des otages de marque, ou quelques conseillers, clercs le plus souvent.





Ici point de paysans armés devant accourir défendre le créneau comme à Cachepur. Les rares civils présents représentent des éléments de la cour seigneuriale en déplacement.

Castelpeyrre est donc un miroir de Cachepur, montrant une organisation sociale similaire, mais à un niveau plus élevé.


Nous avons voulu renforcer le côté moderne de ce groupe en lui donnant un nom en ce sens: Castelpeyrre (castrum petri, le chateau en pierre).


QUELQUES PARTICULARITES DE L'AQUITAINE AU XIIe SIECLE


I / LA TERRE

1 – L'étendue:

Née de la réunion de l'Aquitaine et de la Gascogne au siècle précédent, l'Aquitaine à l'aube du XIIe siècle est une vaste principauté regroupant le Poitou, une partie du Bas Poitou, une partie du Berry, le Limousin, l'Aunis, la Saintonge, le Périgord, le Bazadais, l'Entre-deux-Mer, le Bordelais, la Gascogne, une partie de l'Agenais, le Quercy, le Rouergues, le Béarn, le "pays basque" . Des enclaves angevines et franques subsistent ici et là, mais pas pour longtemps.



Les liens avec l'Espagne du nord sont forts. Situées entre l'Aquitaine, l'Aragon et la Navarre, les Pyrénées sont alors appelées par l'antique nom de Port de Cize (Portus Ciserae). Elles abritent des passages vers l'un des quatre haut lieux de pèlerinage de la Chrétienté, Santiago de Compostella en lointaine Galice.
Un moment, l'Aquitaine se prendra même à rêver d'étendre son emprise sur le comté de Toulouse.
Ses princes sont communément appelés comte de Poitou et duc d'Aquitaine, et parfois encore, duc de Gascogne. Si le roi francs est considéré comme le roi des gaulois (rex gallicorum - roi des français dirait-on aujourd'hui), le véritable chef reconnu est le prince territorial, alors comte ou duc suivant le lieu où il se trouve.

Rappelons au passage qu'en 1137, lors du mariage de l'héritière avec le jeune Louis, cela fera trois siècle que les rois francs n'ont pas mis les pieds en bordelais.

Aussi le fils du roi passa la Garonne à Bordeaux accompagné de 500 chevaliers, pour non moins impressionner que pour se rassurer.
Héritière de l'Aquitaine seconde des Gallo-Romains, l'Aquitaine est restée attachée à ses racines périméditerranéennes et, de ce fait, elle est toujours demeurée terre de droit écrit, contrairement aux terres "franques".
Les aquitains, malgrés leur disparités, en garderont pendant longtemps une identité culturelle que même aujourd'hui, il est difficile d'effacer.


2 - Le foncier:

L'Aquitaine présente encore au XIIe un système différent de celui du nord. Si les fiefs, anciens honores existent et se parent ici et là de nuances sensiblement différentes (comme le franc fief [francum feodum] plus fréquent en Béarn), c'est en tout premier lieu l'alleu (alodium) qui caractérise certainement l'Aquitaine d'alors. L'alleu est une terre libre, et l'alleutier est censé n'en répondre que devant le roi. Seulement, le roi est loin et nombre de seigneurs fonciers exercent localement des pressions économiques, judiciaires et politiques, sinon armées, à l'encontre des alleutiers afin d'en récupérer la terre. Aussi, le nombre d'alleux tend-t-il à dininuer car beaucoup sont repris en fief (fief de reprise).

Mais alors que le nord est un pays de droit coutumier (droit oral), l'Aquitaine (tout comme le Midi) est un pays de droit écrit et nombre d'alliances perdurent encore au XIIe, non pas par les liens vassaliques "classiques", mais par contrat (conventum) et conventions (convenientiae).
De ce fait, le devoir féodal est ici différent de celui du nord. Beaucoup d'alleutiers se lient par contrat d'entraide mutuelle à de plus puissants qu'eux dans une sorte de commensalisme et ne servent militairement les princes que du fait de la reconnaissance naturelle qu'ils accordent à ces derniers.



Au cours du XIIe siècle, l'avancée en Poitou puis en Gascogne des usages féodaux classiques s'effectuera peu à peu au détriment des convenientiae pour s'y substituer au cours du siècle suivant.


II / LES HOMMES

1 - La chevalerie naissante:

A compter du Xe siècle on assiste à une pulvérisation du pouvoir central. Les anciens agents du pouvoir central (autrefois missi dominici carolingiens) tendent à se fixer sur les anciens pagi et transforment leur charge jusqu'à lors révocable en pouvoir personnel appuyé sur une puissance foncière bientôt assortie de prérogatives régaliennes comme le droit de justice ou le droit de ban.
Cette pulvérisation du pouvoir se poursuit tout au long du XIe siècle siècle et une partie du XIIe pour atteindre une caste nouvelle: celle des milites. Au début du XIIe siècle, les milites ne constituent pas encore une classe sociale à proprement parler; ils forment un groupe encore ouvert, mais qui commence à prendre conscience de son importance dans la hiérarchie des trois ordres du monde: Celui des bellatores, ceux qui combattent, parmi les inermes, les oratores et les laboratores.



A la fin du XIe, peu de seigneurs sont des milites (du moins ne se prévalent-ils pas du titre); à l'inverse, nombre de guerriers professionnels sont qualifiés de milites alors qu'ils n'appartiennent même pas à la petite aristocratie terrienne (divites), et ne sont que de modeste naissance. Ainsi, si l'on voit apparaître et se multiplier des nobles (genera nobile) se prévalant d'un titre superlatif (illutrissimus vir, optimatibus, fortissimus), mais il est encore rare au début du XIIe que la noblesse utilise le terme miles pour se caractériser.
Même si la caste des bellatores semble encore relativement homogène à la fin du XIe siècle, on peut déjà y discerner des différences techniques d'appellations traduisant des différences sociales. Ainsi le terme milites désigne indistinctement les guerriers, ceux portant les armes par profession, on utilisera simplement l'adjectifs equites pour désigner ceux qui combattent habituellement à cheval (et donc qui ont les moyens de le faire), et celui de pedites pour désigner ceux qui le font pied...
Rapidement, pour singulariser certains d'entre eux, des adjectifs relatifs à leur condition remarquable sont alors utilisés: illustrimus miles, milites principes, primi milites, et beaucoup plus rarement milites rustici, gregarii ou plebei, ces derniers étant désignés en groupe et non pas individuellement. Parfois, on utilise des adjectifs relatifs à leur aptitude au combat, comme pour les milites strenui.
Le fossé equites - pedites ira croissant tout au long du XIIe siècle.

La condition de chevalier, étroitement associée au désir de paraître nécessitera toujours plus de moyens financiers censés être procurés par des revenus fonciers que ne peuvent avoir les anciens milites de basse naissance.
Afin de s'assurer d'une ost convenable, Henri II finit même par instaurer une liste d'équipement minimal que doivent apporter respectivement chevaliers et sergents.
A compter de ces années, ceux parmi les milites ne tenant que fief de sergenterie verront peu à peu se refermer les portes de la chevalerie. Quelques décennies plus tard, l'aristocratie aura verrouillé cette caste à son compte en instaurant un droit de naissance et n'en tolérera plus l'accès à la roture qu'en de rares occasions. Certains milites ruinés par les guerres, les Croisades ou toute autres entreprises hasardeuses, ont été obligés de revendre leur honor et de renoncer à leur prérogatives pour finalement ne plus détenir que des fiefs de sergenterie; mais au XIIe siècle, ils conservent le statut de miles et ne sont pas encore rabaissés au rang de servants.
Enfin, le terme chevalier semble exister dès le XIe siècle mais l'utilisation semble se généraliser au fur et à mesure du XIIe, avec une restriction sémantique assortie d'une distinction toujours plus prononcée entre les chevaliers (milites, cavallarii, chavalers) et les piétons, les servens ou sirvientes, ceux qui deviendront les sergents (sirvens, sirvientes, serjehan, etc...).
Mais nous lui préférons le terme plus "régional" de cavallers, caballarii...



A noter que le terme de chevalier banneret (miles banerarius) ne nous est apparu qu'une seule fois avec aucune explication sur son sens exact dans tous les textes étudiés pour la façade ouest au XIIe siècle, alors que le terme semble devenir courant au siècle suivant.

2 - Le cas des ministériaux, officiers et agents seigneuriaux:

Les liens entre seigneurs et vassaux nous sont connues. Au nord, le vassal chasé tient sa terre des mains de son seigneur en lui prêtant l'hommage vassalique. Au sud, l'homme, le fidèle régule ses relations par des convenientiae. En Aquitaine, terre de contrastes, il y a un peu des deux avec prédominance des convenientiae durant le XIIe siècle encore suivant qu'on s'éloigne du Poitou.
Mais il existe également d'autres formes de relations entre le seigneur et ses hommes.

A compter de la fin du XIe siècle et durant une partie du XIIe, il arrive assez fréquemment que des milites servent leur seigneur comme agents, sortes de fonctionnaires seigneuriaux constituant leur ministériaux (milites ministeriales).
Certains sont libres de naissance mais ont sciemment prêté un hommage servile pour telle ou telle raison qui leur apporte le plus souvent quelques contreparties intéressantes. Mais d'autre sont d'origine servile et bénéficient de prérogatives seigneuriales conditionnelles tant que dure leur capacité à porter les armes et/ou le bon vouloir de leur maître.



Beaucoup d'agents seigneuriaux (mais pas tous loin de là) des pays de la façade atlantique sont choisis parmi des paysans, sur le principe qu'il est plus facile de s'aliéner quelqu'un à qui l'on a tout donné (et à qui l'on peut en principe tout reprendre), que de tenter de canaliser un nobliau possédant déjà des terres et pouvant s'avérer potentiellement trublion.
Certains ministériaux détiennent donc tout ou partie des prérogatives seigneuriales. Il collectent les impôts, assurent des fonctions de police, rendent la justice au nom de leur seigneur sur leur circonscription, et tirent profit de tout cela tout en abusant parfois sous l'oeil complice de leur maître. Parmi eux: des juges, des maires, des bayles, des péagiers, des tonloyers, des dîmiers, des messeguers, des voyers, voire même des viguiers et des prévôts... bref autant d'agents dont les noms, fonctions et prérogatives varient d'une région à l'autre, et même parfois d'une seigneurie à l'autre...

Au début du XIIe siècle, la plupart des milites n'ont aucun revenu foncier et sont à demeure chez leur seigneur. Ils constituent les milites castri de sa familia en formant une sorte de "meute" autour de lui. Certains de ces milites castri sont des officiers élevés dans la hiérarchie, pouvant ponctuellement ou durablement assumer tout ou partie des prérogatives seigneuriales selon la nécessité.
Ainsi, le dapifer ou sénéchal seconde son seigneur dans la partie militaire. D'autres s'ocupent des péages, d'autres collectent les coutumes, d'autres servent d'officiers pour diriger la garnison seigneuriale composée des sirvientes, des miliciens, des archers, des arbalétriers, des éclaireurs, et de l'arrière ban paysan si nécessaire...
Parfois, ces non casati sont assignés comme gardiens (custodes) d'un avant-poste, d'une place forte ou d'un château seigneurial et se voient attribuer une parcelle du pouvoir qui y est attaché, ce pouvoir pouvant parfois aller jusqu'au ban. Ces milites castri ou custodes castri se font parfois appeler châtelains (castlans) (celui qui garde le château), augmentant une confusion sur sur statut.



Agents théoriquement révocables, ils assurent donc avec zèle diverses charges qui leur procurent en contrepartie des revenus selon une proportion établie au préalable.
La terre étant synonyme de pouvoir, dès la fin du XIe siècle, de plus en plus de non casati se débrouillent pour que leur seigneur leur donne un territoire et fasse d'eux des chasés, des casati. De nombreux ministériaux commencent alors à revendiquer l'hérédité de leur charges, et finissent par réussir à se constituer un patrimoine en obtenant leur circonscription en fief. Les châtelains (castlans, castellani) deviennent eux aussi rapidement jaloux de leurs prérogatives qu'ils disputent parfois à leur seigneur, et les plus puissants sont fréquemment tentés de s'approprier un domaine qui ne leur était que confié. La terre leur alors est souvent cédée contre un hommage ou une convenientia avec l'assurance d'un vassal allié plutôt qu'entretenir un agent potentiellement rebelle.



S'il arrive encore de trouver de tels personnages au cours du XIIe siècle, leurs héritiers sont fréquemment désormais chasés par hérédité.
Enfin, il existe des cas particuliers dans le sud (Toulousain et Provence) où l'équivalent des ministériaux aurait tendance à devenir chasés et les caballeros (ou même les bastides) emploieraient des stipendiaires sur des contrats plutôt à moyennes ou à longues durées (conventionnae).
L'Aquitaine semble se situer entre ces deux cas.
Les agents seigneuriaux sont nombreux et variés, mais tous ne sont pas présents à la fois sur une même seigneurie, et les fonctions spécifiques peuvent être cumulées de façon variable d'une seigneurie à l'autre, voire dans une même seigneurie.

2 -1 - Les agents seigneuriaux supérieurs:

Chacune de ces fonctions peut être tenue en fief de serjenterie, ou bien en fief de chevalerie suivant l'importance accordée à son détenteur et celle du bénéfice.

a - Les viguiers, prévôts, voyers, vicomtes sont tous des agents seigneuriaux possédant une parcelle conséquente du pouvoir.
Le fractionnement du pouvoir régalien a conduit dans un premier temps, nous l'avons vu, à une pulvérisation de ce pouvoir à tous les niveaux.
A l'imitation des princes territoriaux, nombre de seigneurs locaux s'entourent alors d'agents ayant la charge de les seconder.
Mais si les premiers possèdent parfois plusieurs représentants cantonnés dans des des circonscriptions bien définies, l'immense majorité des seconds n'en possède en général tout au plus qu'un.
C'est dans l'appellation de ces agents et des fonctions qui y sont attachées que réside la confusion.
La situation au XIIe siècle est des plus floue et l'on assiste à une certaine disparité dans tout le sud ouest.



Dès la fin du XIe siècle, les vicomtes appartiennent à une ancienne famille d'agents. La fonction tend à être remplacée par des agents non nobles (exemple des baillis en Normandie remplaçant les vicomtes à compter de la fin du XIe siècle jusqu'au règne d'Henri II). Cependant, si on ne nomme plus de vicomtes, on ne les révoque pas non plus et les deux types d'agents peuvent cohabiter dans des circonscriptions limitrophes. Le titre se pare alors d'un prestige nobiliaire.
Les viguiers sont plus anciens.
En Poitou, et en Aunis, il semble que les prévôts secondés par leurs voyers tendent à s'imposer au début du XIIe siècle,.
En Saintonge, Périgord et Limousin, la prévôté semble l'emporter en fréquence dès cette période également.
A Bordeaux, en Périgord, en Agenais, en Quercy, et en Toulousain, la fonction de viguier (beguey) semble persister face à celle des prévôts, et bénéficie de prérogatives accrues.

Par contre, quand viguier et prévôts cohabitent, il semblerait que les premiers soient subordonnés aux seconds.
Assez souvent, les petites seigneuries se dotent de fonctionnaires à l'imitation des princes territoriaux, mais en nombre restreint, et donc viguiers et prévôts cumulent également les fonctions de sénéchal (anciennement appelés dapifer).

nb: la viguerie en Toulousain revêt une autre forme qu'en Gascogne.
nb: dans les abbayes, le prévôt (claustral) est l'ancienne dénomination du prieur, le prévôt laïque ayant un rôle plus conventionnel d'agent du pouvoir local .

b - Les forestiers: Ils correspondent à une fonction particulière de viguerie attachée aux espaces boisés et forestiers dont ils détiennent la foresta.

c - Les avoués et vidames:
Au XIIe siècle, le clergé exerce une influence directe sur d'immenses domaines, obtenus par donation (abbayes) ou par héritages (dignitaires de l' Eglise) suscités par le formidable élan religieux d'alors. Les évêques souvent originaires à titre personnels d’un rang élevé dans la société civile, bénéficient de droits seigneuriaux au même titre qu'un seigneur laïc s'ils en ont hérité avant leur sacerdoce. Il en est de même pour certaines abbayes propriétaires de domaines, ces dernières étant alors considérées comme une entité dirigeante conduite alors par un abbé.

Comme leurs homologues laïcs, ces seigneurs possèdent des hommes fidèles (homines fidelitates) liés par convenientiae, ou des vassaux tenus par hommage et des services féodaux. Enfin, les vilains qui vivent sur leur terre leur doivent le même service et les mêmes corvées que s'il dépendaient d'un seigneur laïc. Ils possèdent également des serfs bien que la Réforme Grégorienne tende à pousser les communautés religieuses à les affranchir.
L’évêque (et certaines abbayes) exercent donc sur leur domaines, la haute et basse justice canoniques et laïcs. Il s'agit là d'une juridiction très étendue et inégalée au regard de celle des seigneurs laïques qui rechignent alors à céder leur parts de pouvoir. Pour se prémunir des agressions de voisins ambitieux, abbés et prélats à qui toute violence physique est normalement prohibée, disposent de plusieurs moyens:



- L'un d'eux réside en l'existence de protecteurs.
Abbayes, collèges cathédrales et prélats bénéficient de protecteurs en la personne de laïcs, seigneurs fonciers ou parfois simples milites qui se déclarent milites ecclesiae. Protecteurs de l' Eglise, de ses gens et de ses biens moyennant diverses contreparties allant du tout au rien, ils accourent depuis leur domaine pour défendre l'Eglise qu'ils protègent contre une intercession de sa part dans le Royaume des Cieux... et une immunité non négligeable dans le siècle.

- Mais l'administration de leur domaine au quotidien nécessite l'emploi d'agents qui leur sont redevables, véritables officiers chargés d'administrer leurs domaines et d'y appliquer leur prérogatives seigneuriales en leur nom. Véritables seconds et bras droits armés des oratores dont ils détiennent une part variable du pouvoir, ces officiers laïcs ont charge de police, de justice, de gestion du patrimoine, de perception et de collecte des impôts, de levée du ban s'il y a lieu, etc.... Ils commandent aux vilains et serfs de la seigneurie, mais aussi aux vassaux, optimates, proceres, divites, mediocres, milites, ainsi qu'au des vicomtes, viguiers, baillis et prévôts comme ils le feraient pour un seigneur laïc, afin d'assurer la chaîne administrative militaire et policière émanant de la puissance de leur maître.
D'origines variables, ces officiers (révocables à l'origine) peuvent être eux aussi de naissance modeste ou au contraire avoir été des eux-même des seigneurs s'étant mis spontanément sous les ordres d'un établissement ecclésiastique, d'une collégiale ou d'un prélat, parfois en état de servitude volontaire par un hommage servile pour signifier leur plein engagement.

L'administrateur des abbayes est en général un avoué (advocatus), celui d'un ecclésiastique du siècle (évêque, ...), ou d'un collège cathédrale est plutôt appelé vidame (vindamus) ou vicaire (vicarius). Dans tous les cas, la fonction demeure sensiblement la même. On note cependant pour les abbayes la possible "mutation" (au sens fonctionnariat) d'une abbaye à une filiale, bien qu'à compter de la fin du XIe siècle, les charges de vidame ou d'avoué tendent comme partout à se transformer en fiefs, puis en fiefs héréditaire sous l'impulsion de leur détenteurs.
d - Le maréchal des chevaux ou d'écurie:

C'est un officier chargé de la bonne tenue des écuries, des chevaux, et par extension (suivant le niveau de la seigneurie), de l'entraînement équestre des jeunes bacheliers. Sa position est variable. Il peut être un agent subalterne ou posséder au contraire d'importantes prérogatives.
Tout dépend là encore du maître auquel il est attaché.



e - Le messager (nuntius) collecte en général les revenus des coutûmes.
En fait, le nuntius correspond à une fonction temporaire et l'agent qu'on envoie peut être de statut variable, miles ou serviens suivant le cas à traiter...


2-2 -Quelques agents subalternes: Bayles, voyers, messagers, messeguers, dîmiers, péagiers, tonloyers, venators...

a - Les bayles:
Le pouvoir c'est la terre, mais la terre à l'époque féodale n'est rien sans des hommes qui la travaillent. Les seigneurs fonciers se mettent à inciter leurs paysans et les colons qu'ils accueillent à se regrouper en villages.



Voulant assurer la plénitude et la continuité de leur pouvoir jusqu'au plus bas niveau, ils se mettent à en désigner des représentants de regroupements de feux. Les chefs des communautés villageoises, appelés alors bayles, juges ou maires suivant l'endroit, sont fréquement d'anciens serfs à qui l'on a confié une parcelle du pouvoir seigneurial pour diriger (basse justice) et servir de délégués du village auprès des envoyés du seigneur.
Théoriquement de même condition que leurs administrés, ces personnages se sentent pousser rapidement des ailes si bien qu'on leurs interdit dès le XIe siècle de porter des pièces vestimentaires ou d'équipement pouvant laisser croire à une quelconque appartenance à la caste des milites.

L'usurpation de ces prérogatives est fréquente mais sujette à la discrétion de leurs maîtres. Certains répriment violemment toutes velléités d'émancipation, d'autres ferment les yeux et ce faisant, favorisent l'émergence de nouveaux petits chefs locaux, parfois même en leur baillant leur charge à fief.
b -
Les voyers: Ce sont des agents chargés de la police des chemins. A noter qu'en Poitou et Bas-Poitou, les voyers sont assimilés à des viguiers.
c -
Les messeguers: Ce sont des sortes de gardes champêtres affectés à la garde des récoltes. La terminologie laisse penser qu'il s'agit aussi de collecteurs d'impôts, sorte de messagers (nuntii) de modeste niveau.





d - Les dîmiers sont théoriquement des agents au service d'ecclésiastiques, mais il se trouve qu'en inféodant certaines dîmes, les seigneurs laïcs éprouvent aussi parfois la nécessité de posséder de tels agents.
e - Les tonloyers récoltent le tonlieu.
f - Les péagiers récoltent les revenus des péages (ponts, portes, marchés et foires).
g - Le venator est un officier veneur. Là encore, il peut avoir des statuts variables suivant le cas, la personne considérée et le seigneur qu'il sert...

3- Un mot sur les stipendiaires:

Alors que la chevalerie commence à s'individualiser dans la société, les hommes d'armes se louant comme mercenaires se singuliarisent dans le système féodal vers la fin du XIe siècle, et ce pour deux raisons principales qui prendront de l'importance tout au cours du XIIe siècle:

a - L'essor démographique assorti de la volonté d'indivisibilité des domaines de plus en plus tenus en fief font que les mentalités changent, ainsi que les régimes successoraux. Si on continue encore parfois en pays d'Oc a transmettre l'héritage de façon horizontale de frère à frère au détriment des enfants, on assiste de plus en plus au cours du XIIe siècle, à la pratique traditionnelle en pays d'Oil d'une transmission verticale de père en fils.
Au début du XIIe siècle, on assiste fréquemment en Aquitaine à des situations particulières ou le fief n'est pas divisé, et où toute la fratrie se prévaut de la seigneurie du lieu... avec les problèmes qu'on imagine.



Afin de contourner cela, mais aussi et surtout afin d'éviter le morcellement des domaines (théorie de l'indivision), princes et seigneurs de tous niveaux prennent de plus en plus l'habitude de léguer la totalité de leur héritage à un seul de leurs enfants, mâle de préférence, en général le premier né, lésant de ce fait les cadets. Il arrive toutefois que les suivants héritent néanmoins du fief (droit de juvenieur). A noter que dans cette optique patrilinéaire, les filles, même aînées, ne sont pas prioritaires à la tête du fief s'il demeure un seul fils pouvant hériter.
Cependant, les femmes du Sud Ouest et du Midi tirent leur épingle du jeu en bénéficiant depuis près d'un siècle du droit à hériter du domaine, et ce pendant à peu près les 2/3 du XIIe siècle. Toute la progéniture reçoit l'enseignement nécessaire pour pouvoir un jour en hériter, juste au cas où...

Le nouvel idéal de transmission du patrimoine conduit bien des pères à chasser des fils trop gourmands et avides de devenir propriétaires à leur tour. Nombre de cadets de famille qui n'avaient pas d'autre espoir que celui de servir leur père ou un frère sont ainsi jetés bon grès mal grès sur les routes. Ils partent sitôt adoubés avec les autres juvenes de leur "promotion" dans l'espoir de faire fortune, d'acquérir une charge héréditaire, ou mieux encore, de rencontrer une jeune veuve ou une riche héritière, beau parti avec laquelle ils pourront se marier et accéder grâce à un honor à un statut social plus élevé (mesmariage).

Ces jeunes suivent un "leader" qui leur tient lieu de capitaine naturel, de "seigneur nomade". Il s'agit généralement du fils héritier de leur seigneur naturel qui se trouve dans le même cas qu'eux, ayant été lui aussi temporairement rejeté par un père peu désireux d'avoir à ses côté un jeune loup aux dents longues.
Ce procédé fera des ravages parmi les rangs de toute une partie de la jeunesse aristocratique d'alors. En effet, ces juvenes dont l'origine demeure encore socialement variable pour un temps, se mettent à parcourir ces tournois (tornaments) alors en grande vogue au nord du Poitou et au delà, ou bien s'offrent en service à d'autres seigneurs plus aisés désireux d'en découdre avec leurs voisins. Comme tous les equites, ces milites stipendiarii sont suivis de gens, en nombre variable et de conditions découlant de la leur.



b - Les charges seigneuriales tendent désormais à devenir de plus en plus héréditaires et tenues en fief comme des biens propres. Au cours du XIIe siècle, les devoirs vassaliques sont peu à peu esquivés par les feudataires qui traînent des pieds pour assurer leurs devoirs envers leur seigneur, entraînant dans leur inertie leurs propres hommes suivant l'adage stipulant que "l'homme de mon homme n'est pas mon homme". Ceux qui en ont les moyens s'offrent alors à la place les services de chevaliers mercenaires. Ces derniers leurs sont d'ailleurs souvent largement plus fidèles et plus constants dans la durée que ces chevaliers chasés qui s'en retournaient sur leur terres une fois leurs temps effectué. Certains même resteront au service du même "employeur" toute leur vie durant, entrant dans la catégories des milites castri avant de se voir eux même délivrer une charge qu'il parviendront peut être à leur tour à tenir en fief.
L'importance des troupes à louer augmentera considérablement à compter du troisième quart du siècle avec l'application par Henri II d'une taxe de remplacement visant à pallier le manque chronique de réponses de l'aristocratie aux différents services d'Ost: le scutage. Le phénomène se répandra rapidement dans l'empire Plantagenêt, et permettra à Henri de s'assurer ainsi une continuité militaire qu'il n'aurait pu espérer de la part de ses turbulents vassaux d'Aquitaine bien souvent prompts à suivre ses enragés de fils.



Au cours du XIIe siècle, On verra apparaître peu à peu dans le Sud Ouest de véritables petites troupes de sans lieux et de truands regroupés en bandes de stipendiaires parfois agglutinées dans le sillage de chevaliers non casati ayant pour certains bourlingués dans l'Europe entière.
Ces bandes armées ont des origines diverses. Parfois simplement composées de mécontants locaux, on les appelle du nom dont ils s'affublent eux même (les pastoureaux, les paillers, les enfants perdus), mais le plus souvent, on les dénomme en fonction de leur origine géographique du fait de la spécialisation comme stipendiaire qui se dégage dans les esprits d'alors pour ces régions (les Flamands, Brabençons (Brabanciones), Hannuyers, Basques (bosclos), Aspères, Navars (Navarros), Tulaux, Vales, Roux, Catalans, Aragonnais). Parfois, le nom qui leur est donné provient de particularité dans leur façon de procéder ou de leur attitude (les Coteraux, Couteliers, Ecorcheurs, ou, plus tard, les routiers (dénommés ainsi parce qu'ils se constituent en bandes armées appelées rotas, routes...).
A compter de la seconde moitié du XIIe siècle, la majorité des stipendiaires provient des guerres entre les puissants de ce monde. La fin des hostilités consécutive à la réconciliation des princes, ou le manque d'argent pour financer les campagnes rendent subitement inactives des concentrations importantes de troupes mercenaires.

Désoeuvrées, celles-ci se morcellent alors en bandes plus ou moins importantes et se mettent à ravager la région, passant d'un maître à un autre ou pillant pour leur propre compte (comme les paillers du limousins) et l'on voit se former des confrérie locales (comme les paciferes limousins) pour combattre ce fléau.

Force est de constater qu'il existe un peu partout des chevaliers se louant, ou s'étant loués pour combattre. La proportion varie juste en fonction de la région et de la situation, au cas par cas. Ces chevaliers errants n'ont rien à voir avec les soudards sans foi ni loi qu'on se plait à décrire pour des époques ultérieures. Même s'ils sont moins considérés (à niveau égal) que les chevaliers ayant prêté serment de fidélité, le statut de "mercenaire" ne les rend pas plus libres de faire n'importe quoi...
Ils ne sont ni plus ni moins durs que les autres combattants de l'époque et ressemblent aux chevaliers chasés ou aux seigneurs fieffés, parmi lesquels nous en connaissons qui se comportent en véritables brigands que même le comte de Poitiers évite soigneusement, se contentant d'en conserver hommage tout en se gardant bien ni d'en demander l'application, ni de chevaucher sans bonne escorte sur leurs terres.
Les chevaliers stipendiaires sont donc des chevaliers comme les autres, voire parfois d'autant plus fidèles lorsqu'ils sont employés qu'ils souhaitent justement très souvent se fixer et qu'ils ne décampent pas au moindre écart au droit féodal en leur défaveur.

Cas particulier du Saint Empire: Là, un autre facteur social concourre à créer de ces mercenaires: La chevalerie est affaire d'état (donc du Kaiser) et un nombre beaucoup plus important de milites qu'en Gaule sont en fait des serfs, des ministériaux (ministeriales) qui peuvent avoir des prérogatives importantes. Lorsque les aléas de la guerre et les exigences du Kaiser les obligent à rendre les armes, nombre d'entre eux, tels les Hidalgos espagnols, refusent simplement de retourner à leur ancienne vie, encore moins à redevenir des paysans. Des bandes armées de chevaliers-brigands (Raubritter) se mettent alors à écumer les forêts allemandes, détroussant principalement les riches marchands, ou se mettant à leur service comme stipendiarii.

4 - Ceux qui travaillent, les laboratores...

Qualifiés d'Inermes par les clercs, les paysans sont de conditions variables, parfois difficilement discernables entre elles. Serfs et hommes libres en composent la plus grande part. Or, certains serfs sont relativement libres de leur actes alors que certains vilains, pourtant considérés comme libres, possèdent paradoxalement moins de possibilités d'action au quotidien. La frontière entre vilani et rustici est donc ténue, variable suivant l'endroit et fonction souvent de la terre d'habitation (tenure ingénuile – tenure servile).
Au regard du contenu des cartulaires étudiés, nous avons utilisé par convention les termes vilanus pour un paysan libre et rusticus pour un paysan de condition servile.
Notons que contrairement à une croyance tenace, un paysan du XIIe siècle change relativement souvent de maison au cours de son existence, et ceci volontairement.
Il conviendra donc de ne pas s'arrêter de façon formaliste sur ces dénominations.
a - Les vilains sont des paysans réputés libres et vivent en général dans des villages ou en bordure immédiate.
b - Les serfs: Contraignante pour l'asservi, la servitude personnelle est tombée en désuétude, notamment sous l'impulsion de l'Eglise. La servitude de la glèbe semble perdurer, mais ses modalités sont très variables.





Beaucoup plus perméable que la servitude personnelle, elle "permet" des arrangements parfois paradoxalement profitables. Certains deviennent donc volontairement serfs en acquiérant une terre servile, et se sortent de cet état en la revendant.
Si le Bas Poitou paraît s'être débarrassé du servage dès la fin du XIe siècle, les serfs sont encore relativement présents à des degrés divers dans les territoires variés qui composent l'Aquitaine. En Gascogne, il semble qu'on les nomme parfois questaux (de questa, la queste qui correspondait à un impôt). En Rouergues, toulousain, on les nomme hommes naturels. Contrairement à l'homme libre, le serf, est soumis à la mainmorte (manu morte), au chevage (capitali sensus) et au formariage.

Si à l'époque carolingienne, le serf ne devait pas le service d'ost, il semblerait ici que serfs et paysans libres doivent s'acquitter d'un service armé de renfort selon des conventions variables en cas d'attaque de la seigneurie.

c - Entre les deux conditions précedentes existent quelques affranchis, ou lides. En Gascogne, ils sont appelés legii.
Ils ne sont plus serfs, mais ne sont pas complètement libres. Ils sont et resteront des affranchis.
d - Une classe à part est composée des colliberts.
Les colliberti semblent être plus présents du côté du limousin, mais il ne s'agit que d'une tendance et on les retrouve partout.
Deux courants de pensée s'affrontent quand à leur interprétation:
- Soit il s'agirait de l'équivalents des lides, et les colliberts seraient des personnes affranchies, donc libres.
- Soit il s'agirait des reliquats d'un mode de servitude archaïque tombée en désuétude sous l'effort de l'Eglise, c'est-à-dire non pas de la glèbe, mais de servitude personnelle et ne possédant rien. Ici, le collibert est moins qu'un serf, c'est un serf attaché à un maître et déplacé en fonction du travail journalier à réaliser. Nous penchons ici pour cette option.



Quoi qu'il en soit, collibert donnera cul-vert, terme considéré comme une grave insulte pouvant être lancée contre un chevalier, à une époque où bon nombre encore ne sont pas si éloignés que cela de leurs origines paysannes (cf. chanson de Rolan, LX 765).
e -
Et la condition des enfants de paysans: Les cartulaires sont peu prolixes sur les enfants. Il semblerait que la mentalité de l'époque soit au détachement vis à vis des sentiments parentaux. On a pu relever un adage de l'époque appliqué à une question sur la condition d'un paysan, disant que des deux maux on prend le pire. Un enfant de serf et de paysan libre sera donc à priori serf. Il y a cependant des exceptions.
f -
L'Aquitaine comprend en outre une vaste proportion de métayer, qu'on appelle des bordiers.
g - Le casalus de gascogne (casaler en lingua mixta) est un paysan tenancier d'un casal.



5 - La bourgeoisie

Avec l'essort des villes et les chartes de franchises octroyées souvent hors du domaine royal par le roi pour susciter des foyers de contrepouvoirs face à ses puissants vassaux, la bourgeoisie prend conscience de sa condition et de sa force au cours du siècle.
Nos seigneureries étant rurales, nous ne développons pas (encore) cet aspect pourtant important du XIIe siècle.

III / L'EGLISE

Au XIe siècle apparait un important courant de réforme sous l'influence de la papauté, la Réforme Grégorienne.
Ce courant vise entre autre:
- à assoir le rôle prédominant du chef de l'Eglise, le Pape élu désormais par les seuls prélats,
- à affirmer l'indépendance du clergé face aux seigneurs laïcs,
- à réformer le clergé, notamment la nommination des prêtres et leur règles de vie.


1 - Les prêtres...

Initié au cours du XIe siècle et diffusé de façon hétérogène en occident durant tout le XIIe siècle, ce vaste mouvement de réforme tente d'affranchir le clergé séculier de l'autorité laïque grâce à certains changements fondamentaux. Il se met notamment en chasse contre deux tendances qui sapent l'autorité de la papauté et qui retiendront notre attention ici :
- Le nicolaïsme, jugé incompatible par les admirateurs du coenobitisme avec la voie que devait suivre tout homme de Dieu. En effet, en cette fin de XIe siècle, nombre d'ecclésiastiques séculiers, prélats, simples prêtres ou autres membres du bas clergé, sont soit mariés, soit en situation de concubinage. Certains se sont mis à transmettre leur sacerdoce de père en fils et le culte devient parfois affaire de famille, la femme ou la concubine prenant un large part au ministère.
- La simonie (trafic de charges ecclésiastiques) :

Craignant l'éloignement du dogme de la droite ligne au profit de déviances et autres interprétations locales dans certains coins reculés, et de voir ainsi son autorité s'évanouir au profit de l'autorité seigneuriale voisine, la papauté impose de nommer elle même ses religieux séculiers par le truchement des évêques, nommés eux mêmes par la seule papauté.
Les princes territoriaux laïcs sont donc écartés de la nommination des princes de l'Eglise, et les seigneurs locaux des prêtres de leurs paroisses. La restriction s'étend même aux abbés qui ont pourtant rang d'évêque mais à qui il est désormais interdit de nommer eux même des prêtres parmis leurs moines, même en cas de vacance prolongée d'un sacerdoce.
Suivie par le haut clergé, notamment citadin, cette réforme est bien entendu diversement appliquée dans les campagnes du Sud Ouest, même encore à la fin du XIIe siècle.



2 - Les seigneurs ecclésiastiques

A compter de la fin du XIe siècle, d'importantes donations en nature sont effectuées au bénéfice de l'Eglise. Très souvent, ces dons sont accompagnés d'un fils, d'un frère, d'un neveu d'un seigneur voisin. Cluny se fait d'ailleurs une spécialisation dans le recrutement des jeunes nobles qui peuvent en quelque sorte acheter leur entrée et contribuer à enrichir la communauté. L'Eglise se trouvant de plus en plus associée au jeu de la politique des grandes familles foncières, de nombreux ecclésiastiques obtiennent grace à leur naissance des charges importantes pouvant aller jusqu'à celles d'évêques ou d'abbés, souvent par achat.
Placés au sommet de leurs communautés religieuses, évêques et abbés se retrouvent à la tête de domaines qui leurs sont rattachés. Ces possessions comprennent des terres, et bien entendu les hommes qui y vivent. Parfois elle regroupent tout ou partie de châtellenies, voire de seigneuries vassales qui leurs sont alors inféodées.



Par ailleurs, un ecclésiastique ordonné est en théorie écarté des partages successoriaux familiaux; mais s'il est seul héritiers, ses biens reviennent alors à l'Eglise. Cependant, lorsque l'héritage survient avant l'ordonnation, le clerc peut revenir dans le siècle et prendre possession de son bien, mais rares sont ceux qui quittent leur position privilégiée. Leur nommination se produisant le plus souvent dans leur région d'origine, les interressés en viennent donc à mélanger les biens de l'Eglise avec ceux reçus en héritage.
Parfois pas encore ordonnés prêtres, ils détiennent des pouvoirs importants en conjuguant leur charge ecclésiastique qui les place sous la loi canonique, et les prérogatives temporelles que leur naissance et leurs alliances leurs ont procurées. Certains seigneurs se retrouvent donc à la tête de véritable seigneuries ecclésiastiques, jouant ainsi sur les deux tableaux.
Le fait est important car ces seigneurs d'un genre particulier disposent donc d'une double juridiction et ne se privent pas d'user de leurs pouvoirs religieux pour asseoir leur pouvoir temporel et arriver à leurs fins.

Comme tout seigneur, ils peuvent donc juger les laïcs qui vivent sur leur domaines et dépendent d'eux. Mais en plus, ils peuvent aussi juger les clercs qui normalement sont soustraits de la juridiction séculière (soustraits en théorie, car là encore, le XIe et le XIIe siècle verront très fréquemment se produire des abus de la part de seigneurs laïcs, abus combattus justement par la réforme grégorienne)...
A domaine égal avec un autre seigneur, leur pouvoir est donc beaucoup plus important.

3 - Les ordres religieux.

Le monachisme est omniprésent dans le quotidien des hommes du XIIe siècle. Bien que nombreux et variés, les ordres monastiques peuvent se résumer en deux courants principaux, aux meneurs charismatiques.
- Cluny,
- Citeaux.
Il serait réducteur de considérer que ces deux ordres se singuliarisent par le refus des richesses pour les cisterciens et l'affichage d'un luxe ostentatoire pour les clunisiens. Les différences, qui vont au-delà de ces apparences se retrouvent dans plusieurs domaines (vie monastique, règles, oblats, noviciat, travail, commerce, dîmes, prêtrise, luxe, engagement, appuis, commerce, etc...) et dans leur attitudes (intransigeance spirituelle de Citeaux face à un certain laxisme de Cluny).
Nous utiliserons donc tous ces arguments pour situer nos personnages et leurs querelles respectives.



4 - Les ordres religieux militaires et les croisades

On ne peut étudier le XIIe siècle en faisant l'impasse sur ce phénomène.



Depuis la fin du XIe siècle avec la Reconquista et surtout les Croisades au Levant, l'Eglise canalise à son profit la violence naturelle de la chevalerie, l'adjurant à quitter la malitia pour la militia (cf. St Bernard).
Si la Reconquista espagnole est, à l'origine, principalement affaire des princes territoriaux laïcs, les Croisades au Levant font suite à l'impulsion de prédicateurs. Elles induisent la naissance au XIIe siècle d'ordres religieux militaires qui refluront bientôt en occident et feront des émules, notamment en Espagne.
Nous ne developpons pas cet aspect autrement que ponctuellement ici et là, juste le strict nécessaire nous permettant de replacer nos personnages dans le contexte et l'environnement dans lequel ils auraient pu se trouver.

IIII / LES TAXES ET REDEVANCES

Nous ferons que survoler ici les taxes, redevances, et droits divers dont devaient s'acquiter les hommes du XIIe siècle.
Ces dernières étaient nombreuses et touchaient principalement (mais pas exclusivement) le bas peuple. On retrouvera ces impôts au travers nos personnages, avec ceux qui les paient comme ceux qui les collectent.

Bien évidement, tout n'était pas dû par tout le monde et le paysan ne s'acquittait que de ce qui le concernait (le moutonnage s'il avait de moutons, la glandée s'il récupérait des glands, le pacage s'il faisait paître son bétail, etc...), et seules quelques redevances s'appliquaient à la majorité des habitants (le quart, les corvées, ...). Les taxes étaient souvent laissée à l'apréciation des petits officiers seigneuriaux chargés de les collecter, avec les abus qu'on peut imaginer.
Nous avons principalement donné ici des exemples du GSO. Beaucoup de ces redevances existent au nord mais, elle sont parfois dénommées différement selon l'endroit (comme le terrage du Poitou qui devient agrier en descendant en Saintonge), d'autres ne semblent exister qu'au sud et dans le GSO (la tasque par exemple...).




La liste qui suit n'est pas exhaustive et sera régulièrement mise à jour en essayant d'y ajouter des annotations.

agnus, agrarium, altare, amidolba, animalia, annona, apprehensiones, arberg, aubaine, avena, baptisterium,bauzia, canbe, capo, captio, carnale, caro, carrigium,carruca, cassis, cera, cimiterium, civada, commanda, covillus, coxia, decima, delcata, dexter, directum, dumus, donationes, equus, espadla, esplecta, exactio, foenum, fogaze, fornaticum, forum, fossatum, fredum, fromaticum, frumentum, furnum, furtum, gaddium, galeta, gallina, gallus, garba, geissa, gentarium, granum, guarda, herba, hordeum, hospicium, injuste, justicia, lana, ledda, lintea, linus, lorica, macellus, mali usus, mel, membrum, molto, mudda, mulus, oblatio, obliencus, offerentia, opera, ova, panata, panis, parata, paraveredi, pastus, perna, piscis, placitum, poenitentia, pons, porcus, portus, paelium, prandium, primiciae, proferentia, proferta, quartum, recencum, redditus, renta, sal, salina, salinaria, navis, sauna, scapulus, scarimentum, senaygue, sepultura, servicium, sigile, trolium, tulta, usaticos, usuaria, usus, vacaygue, vacca, vendemia, vesticio, vegeria, viagencus, vinataria, vinobre, vinum


Philippe
Itier lo teignou

Le 06 février 2007
.VIII. idas februario, anno .MMVII.
Modifié le 20 sept 2007
.XII. kalendas octobris, anno .MMVII.