| TIZO,
DE COMBABREUILH |
| villanus,
bovarius, ministrelus.
Tizo (Tizo)
est né de parents libres en bordure de la seigneurie de Cachepur. Son père,
ancien serf (ancilla, ruricola) avait épousé une vilaine
(villana, naturala) originaire de Hauterive. Il avait été
affranchi quelques années auparavant avec quelques autres comme lui par
une décision de En Renier le jour de son mariage avec Na
Judith., et reçut là-bas un lopin de terre, petit manse (mansiunculus)
baillé en censive. Tizo naquit sur le petit manse lidile (mansus
lidilum) que ses parents cultivaient et qui les nourrissait tant bien que
mal. Malgré la petite taille de son manse, son père devait un
cens (census) de deux deniers (.II. Denarii) à la Saint Michel,
deux deniers (.II. denaros) à la Chandeleur et du quart d'un agneau
(anhel) et deux poules à la Saint Jean. Il devait également
s'acquitter d'un agrier (agriarium) du sixième de la part de fruits.
Il était tenu en outre de participer au charoyage des récoltes sur
six lieues et devait trois fois l'an se présenter au château (castellum)
du chatelain (chastela) pour le curetage des fossés (fossa).
Il pouvait néanmoins se faire représenter par un de ses fils (filh)
et n'était pas astreint au guet armé, mais il devait accourir au
château armé d'un bâton ou de tout autre outil à long
manche en cas de danger. En temps normal, il devait aider les messeguers
(messegarii) et voyers (vierii) à garder les récoltes
sitôt les moissons faites. | 
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Alors qu'il était adolescent (adulescent), un vilain
(villanus) voisin constesta au nom d'on ne sut quel héritage, une
partie du bien qui avait été distribué autrefois par Renier.
L'affaire fut portée devant le plaid (placita) et jugée par
un viguier (veger, viger) qui en avait reçu délégation.
Ce dernier trancha en faveur du plaignant et la famille de Tizo ne se retrouva
plus qu'avec un demi manse (dimidius mansus) mais les redevances (redibitiones)
ne furent pas allégées pour autant.
Par malchance, des intempéries
deux années de suite générèrent de mauvaises récoltes
et la production devint insuffisante pour nourrir toute la famille. De plus, les
mauvaises coutûmes (malas consuetudines) imposées par les
viguiers (vegerii) successif rendirent la vie plus difficile, les prix
grimpèrent et l'ombre de la disette menaça. Tizo dut partir vivre
ailleurs comme ouvrier journalier (homo acasalads) chez des colons (coloni)
qui cultivaient une borderie (borderia) sur un essart (artigua, exartus)
plus fertile à côté de Sant Meart de Combabreuilh (Comba
brolium). |
| On le laissa s'installer
dans une boaria sur une condamine (condamina, cundamina) en friche
attenante à un mesnil (mansionile) de forêt abandonné
il y a peu par son occupante qui avait fuit on ne savait trop quoi. La vie
de journalier ne fut pas facile, mais Tizo réussit à se faire occasionnellement
bouvier (bovarius) et parfois même porcher (porcarius). Un
jour qu'il gardait le troupeau qu'on lui avait confié, le forester
(forestarius) passant par-là à cheval, l'entendit jouer une
mélodie. Ernauton qui aspirait à un statut plus élevé
et peut être réaliser un mesmariage avec quelque riche dauna
voulait se débarrasser de son image de mal appris (brau) rugueux
qui le poursuivait et au contraire paraître courtois et raffiné.
Il lui demanda son nom et le fit ensuite chercher par ses sirvientes. D'abord
effrayé d'être accusé de quelque chose et de devoir payer
le districtio fidejussorum, Tizo fut abasourdi d'apprendre qu'il en était
tout autrement: Il était désormais au service d'un chatelain qui
le nourrirait comme ménestrel (ministerium, ministrelus), et qu'il
devrait se présenter en l'aula en bas de la tour (bestor)
pour amuser les invités de ses facéties et de ses chants et même
parfois les servir chaque fois que Ernauton recevrait. |

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| On
le logea à San Meard dans une petite maison qu'on lui bailla à
cens contre deux deniers et une poule payable à Noël (.II. denaros.
et I. galina censualiter a Nadal). S'il fut bien entendu astreint aux
même redevances que les autres vilains, on ne lui imposa qu'un service de
guet limité à quelque jours par an en tant qu'archer (sagittarius).
Il en profita pour amuser de ses tours les autres sirvientes de Combabreuilh
et glaner ainsi quelques oboles (obolas) supplémentaires.
Mais
derrière les murs de Combabreuilh, Tizo se sentait à l'étroit
et il commença à envisager de partir. N'ayant pas suffisamment pour
vivre, il vola un matin quelques vivres dans les cuisines (cocinas) de
son seigneur (senhor) et s'enfuit aussitôt. Il fut repris dans la
journée et battu pour son forfait et s'enfuit de nouveau. De guerre
lasse, Ernauton finit par abandonner la traque, mais Tizo se croyant toujours
pourchassé, poussa un peu plus en avant la nuit tombée au delà
des bois qu'il connaissait et se heurta à une petite troupe de couteliers
(cotharelli) qui bivouaquaient. L'un d'eux se disait ric hom et
lui apprit que cela signifiait qu'il était puissant. Tizo le crut et lui
proposa de l'accompagner ses tours et de l'amuser de ses facécies. De plus,
il pourrait chasser pour lui. Sans le savoir, Tizo venait de rencontrer ceux que
son seigneur pourchassait... |