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HUGO L'ARATGE

Pagesius,
homo acasalads
bosclo.


Hugo (Hugonis) est né paysan (pagesius), serf de poursuite vivant sur les terres rocailleuses d'un arrière-vassal (valvassor) des seigneurs (senhers) de Castelpeyrre, dans un mas situé au sud de Cachepur appelé Loustaous de Sauros (les terres des lézards). On le surnommait le gros (pinguis) du fait de sa forte stature, et le bayle (baiulus, judex) du village (vicus), l'avait affecté à la collecte de la tasque (tasca), ainsi qu'au guet (custodia) deux jours par semaine durant chaque mois d'été. Hugo put donc bénéficier de certains avantages mais sût se faire apprécier des autres villageois (villani) qui commencèrent à chuchoter qu'on aurait fort à y gagner s'il devenait leur nouveau bayle... Malheureusement, on chuchota trop fort, et la rumeur parvint aux oreilles du bayle qui en prit ombrage et jalousie.

Peu de temps après, un vol fut commis de nuit au moulin (molendinarius) banal alors qu' Hugo était de guet. Des membres de la famille du bayle (bajulus, judex) s'empressèrent bien vite d'y associer le nom de Hugo et de colporter leur point de vue... Vérité ou mensonge, nul ne le sait. Mais la rumeur permit au bayle, d'arrêter Hugo et de le déférer au prévôt (preveire) de son seigneur, en lui suggérant le pendre pour ce crime. Mais le prévôt ne fut pas convaincu que le larcin méritait la corde, d'autant que la main d'oeuvre était trop précieuse pour être ainsi gâchée. Aussi, décida-t-on se débarrasser de lui tout en réalisant un profit. Il ordonna donc au bayle de l'inclure comme paiement complémentaire dans une transaction concernant un achat de sel, et qui devait se dérouler sous peu.
Homme propre (homo proprius), tout juste bien mobilier, Hugo ne possédait même pas son existence. Il sût qu'il serait arraché à son village et séparé de Rixende (Rixendis) sa promise, pour être cédé à un nouveau seigneur dont il n'avait jamais entendu parler. Le convoi apportant le sel arrivant le surlendemain, il fut enfermé en attendant dans un réduis clos. La transaction fut alors honorée, et Hugo emmené.

On murmura en chemin qu'il devrait habiter un artigue (artigua, exartus) de la châtellenie de Cachepur, plus précisément vers la seigneurie de Combabreuihl (senhoria de Comba brolium) dont le châtelain en place (castelanus, custos castri) souhaitait développer la colonisation. Il serait alors certainement placé à Saint Méard, un village dirigé par un maire (bajulus, judex) tyrannique répondant au nom de Richard le Maupenchenat aussi on lui conseilla d'oublier à jamais Rixende, car ce dernier avait tendance à surtaxer à son profit le formariage requis par les coutumes (consuetudines), et souvent à s'octroyer les puceles...
Refusant cette fatalité, Hugo réussit à s'enfuir pendant le trajet et réussit à atteindre une Sauveté au coeur de la Sylva Major de l'Entre-deux-Mers (Entre-dos-Mars). Il y invoqua le droit d'asile qu'on lui accorda, mais fut dès lors traqué non seulement par les hommes de Combabreuihl que cette évasion mettait en porte-à-faux vis à vis de leur châtelain, mais également par les ceux dépêchés par son ancien Bayle désireux de se disculper d'une éventuelle accusation de duperie.

Avec les semaines, ses poursuivants finirent rapidement par abandonner la chasse et levèrent le camp, car malgré les injonctions et les menaces à l'encontre des moines pour le récupérer, ils ne pouvaient rien contre une Sauveté confirmée plusieurs fois par le Duc lui même. Hugo resta un temps à l'abri et travailla dur pour la communauté religieuse qui l'avait recueilli, jusqu'au jour où il décida enfin de partir. Le pari était osé car s'il l'apprenait, le châtelain de Combabreuilh pouvait faire valoir le droit de suite (servis fugitivis) qui lui avait été cédé avec sa foresta, le faire quester s'il trouvait refuge chez d'autres seigneurs, et de le faire ramener morts ou vif. Mais Hugo n'était qu'un serf (rusticus) parmi les autres et ne représentait rien de plus. Il sût qu'il devrait seulement éviter Combabreuihl et son ancien village pour ne plus rien risquer... Il prit congés des moines (monachi), passa convaincre Rixende de le suivre, et pût s'enfuir au loin, pensant laisser cette région pour toujours.

Ainsi Hugo commença-t-il une vie de sans lieux, cachant sa naissance servile en se faisant passer pour roturier ou vilain (villanus), faisant cents métiers, tantôt journaliers, tantôt bouviers (bovier), tantôt manoeuvre, tantôt conduisant des chariots, tantôt escortant des marchands, tantôt colporteur (collerius) tantôt s'essayant lui aussi à jongler en s'adonnant également à la musique, tantôt escortant des moines ou un marchand se rendant à la foire...

C'est alors qu'il faisait halte dans un petit château (castello) sur les terres du comte de Toulouse que Hugo rencontra une route (rota) hétéroclite de couteliers s'en revenant de Provence.

Il fraternisèrent rapidement et décidèrent d'effectuer un bout de route ensemble. Avec le temps, Hugo s'affirma et devint soudadier à part entière. Il s'acquitta de sa tâche avec fidélité envers ses nouveaux compagnons et fut reconnu comme solide guerroyeur (acertuc guerrejador) parmi ses employeurs, marchands ou seigneurs. On lui donna bien des sobriquets, le gros (pinguis), le costaud (acertuc), mais il se dénomma lui même le vagabond (l'artage).


Tout allait pour le mieux jusqu'au jour où, ignorant son passé, la petite compagnie,, décida d'un commun accord de partir vers le Périgord (periguors) proposer ses services afin de tirer quelque avantage de la querelle entre les seigneuries de Cachepur et de Castelpeyrre dont on avait entendu parler...



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