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GUILLELM, dit FAIDIL,
RIC'HOM DE PEIRALBA

Ric'home,
caballarius,

cotharellus.

Fils d'un seigneur (seinior) ric home vivant non loin des Corbières, Guillelm (Guillelmo) fut dès son enfance éduqué en vue de diriger un jour le domaine familial, investi de l'honor de son père. La petite seigneurie (seignioria, senhoria) de Peiralba (Petra alba) comprenait une maison forte (domus fortis, castellum) protégeant quelque alleux (allodia) comprenant quelques mas et des apendarias, leur fiefs (feùs), les vigueries (vegeria) et leurs cuisines (codinas), un droit de quart (quartenarium), des églises (ecclesiae) et leurs dîmes (decimas), ainsi que tous les naturels (homines et feminas naturales) qui y vivaient et travaillaient.

Alors que Guillelm était sur le point d'achever son apprentissage et de devenir pleinement cavaller (caballarius), son père décida de partir en Terre Sainte effectuer un pélerinage et s'acquitter là bas d'un service militaire (militare servitium) pour racheter ses fautes et celles de tous le siens. Afin d'effectuer les préparatifs de ce long et périlleux voyage, père et fils se rendirent à la maison du temple la plus proche (mas del cavallers del Temple de Iherusalem) voir le cellérier (cellerarius) avec lequel ils avaient pris l'habitude de commercer en négociant la production de laine (lana) des moutons (multones) de leurs mas (mansi). Le Temple prêtant sur gage, il avaient bon espoir de leur céder lo feù e els benefizi ella vegaria e totas las dreyurasque y aviant en gage contre un charité suffisante pour payer le voyage.
Le trésorier (thesaurarius) de la templerie les reçut mais ne leur donna que deux cent quarante sous (.CC.XXXX. sol.) pour deux ans, et encore durent ils gager tous leurs biens et leurs gens.

Il s'avéra par la suite que cette somme ne suffirait pas au seigneur (seinor) à financer son voyage, même pour son modeste équipage. Avec la permission du maître local (magister templi), il se fit accepter en temps que confrère (confrater) lui, ses cavalers et quelques sirviens, puis ils intégrèrent l'ordre (ordo) ad terminum sans toutefois en porter les attributs, le temps de son voyage et de son séjour.
Il confia alors la garde du château à son fils Guillelm, juvenis récemment fait, mais montrant suffisamment de bon sens et de vaillance pour s'acquitter de sa mission. Par ailleurs, en tant que croisé, il bénéficiait de la protection de l'Eglise en cas d'agression, cette immunité s'étendant à sa famille (linatgue, genus), ses terres (terrae) et ses naturels (naturales). Guillelm s'acquitta de sa mission, et aida sa mère à administrer un domaine appartenant pour un temps au Temple mais qu'il ne cessa de considérer comme sien.
Deux années entières plus tard, arrivé au terme du gage, le Seigneur n'était pas revenu.
On convint d'une année et un mai comme échéance supplémentaire, mais avant que celle ci n'arrive à terme, un des sirvientes revint, annonçant la mort du ric'home alors qu'il atteignait la Terre Sainte, sans que la dette ne fut honorée... Ses cavallers avaient décidé d'honorer son serment en demeurant sur place mais avaient tous tour à tour péri sauf le dernier qui revint rendre compte.

On proposa alors à Guillelm, par charité, de demeurer en place et devenir châtelain (castlan) pour le compte de la templerie. Guillelm refusa net, argumentant que la dette pour cette terre tenue par son lignage (linatgues) en franc alleux (francum allodium) et qui lui revenait de droit, avait été soldée le jour où son père avait suivi les frères (fratres templi) pour défendre la Jérusalem terrestre à leur côté. Il refusa de devenir ministérial (ministerialis), simple gardien (custos) pour quelqu'un d'autre sur ses propres terres, fut-ce pour le Temple. Mais le Temple ne l'entendait pas ainsi, car les richesses d'occident alimentaient la guerre au Levant, aussi imposa-t-on de force un prévôt (preveire) comme intendant.

Guillelm dut se rétracter devant la menace, mais obtint néanmoins une rente perpétuelle pour maintenir sa famille en place. Mais surtout, on lui laissa la possibilité de racheter son bien lorsqu'il serait en mesure d'apporter la somme empruntée plus le vingtième par année écoulée en plus.

Il décida alors de partir faire fortune et entreprit de courir les routes, se liant parfois avec d'autres paillers (palvarii), passant d'un groupe à une autre compagnie, se faisant garde ici, soldat (soudaier) là, ou escortant des marchands (mercatores) au hasard des marchés.

Un jour, sa route croisa celle d'un groupe de routiers qui semblaient descendre du bazadais. Ces vagabonds étaient comme lui, des sans lieux, et se louaient comme stipendiaire (milites stipendiarii).
Ayant apprit souvent à ses dépends que le nombre faisait la force, Guillelm leur proposa de faire un bout de route ensemble en se liant à eux par un pacte (convenentia) tant que leur intérêts seraient communs...

Les années passèrent. Guillelm revint parfois à Peiralba pour revoir les sien, mais il restait honteux de ne pouvoir honorer sa dette. Sa rancoeur contre le Temple alla croisant et il finit par en vouloir à l'Eglise entière, s'en prenant même parfois à des moines rencontrés en chemin, ou pillant les dîmes des églises isolées (altaria) quand il en avait l'occasion. Tant est si bien qu'on se mit à le surnommer Faydit (Faidil) dans sa région, et que ce nom lui resta comme Guillelmo Faidil.

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