|
Villanus, jocularis, miles
stipendiarius.
Arnaut (Arnaldus) est né
roturier (villanus) dans un bourg (burgus) des
monts d'Auvergne, en marche des terres d'Aquitaine. Enfant,
il avait entendu de ces poèmes qui fleurissaient un peu
partout dans le pays, et possédant quelques talents, il
voulut de bonne heure s'y essayer à son tour, prit son
balluchon et partit à l'aventure. Ainsi devenu jongleur
(joglar, jocularis), il arpenta les routes, cheminant seul
ou s'alliant à l'occasion à d'autres jongleurs,
amuseurs ou musiciens. Mais il lui fallut également se
nourrir, aussi, parfois journalier, parfois autre chose, il
commença à proposer son aide aux voyageurs, les
escortant pour un repas et un peu de vin.
C'est à cette époque que ses pas
le portèrent à un château (castrum)
tenu par un vassal (vassus) de la famille de Castelpeyrre.
Devant le bon accueil qu'on lui fit, il demanda à s'y
établir et se vit proposer un travail aux écuries.
Il se fit reconnaître comme fils de maréchal
(marescallus), et comme il lui fut facile de convaincre
qu'il s'y connaissait bien en chevaux, il sût se faire
remarquer de son nouveau seigneur. Ce dernier le nomma alors
maître de ses écuries (marescallus equorum),
et lui donna pour charge d'apprendre à bien tenir en selle
aux valeti et aux juvenes de la familia.
|

|
|

|
Il se lia d'amitié dès le début
avec l'un des fils du seigneur et reconnut dès le début
en lui le légitime héritier de la seigneurie
(dominium, seinioria). Lorsqu' arriva le jour où ce
fils prit les armes et le commandement d'une troupe exercitus
pour affirmer ses droits contre ses frères qui tentaient
de le spolier, Arnaut n'hésita pas un instant à le
suivre dans son désaveux. Mais le fief (fevum) fut
saisi et la révolte matée.
Avec quelques
compagnons, ils parvinrent s'enfuir vers le sud, là où
son premier métier d'amuseur leur permettrait de survivre
quelque peu. Cela dura un temps, durant lequel ils errèrent
de place en foire (feria), de lieux en (marchés).
Et c'est en Provence qu'ils tombèrent sur un groupe de
stipendiaires (milites stipendiarii) qui voyageaient dans
la région. Bien que rustres, ces derniers appréciaient
sa musique, mais ils savaient surtout très bien quels
combattants (bellatores) pouvaient faire de tels sans
lieux une fois correctement équipés. Arnaut fut
le seul parmi ses compagnons à les suivre.
|
|
Devenu coutelier (cotharelus) par la
force des choses, il s'appliqua sans regret à servir son
nouveau chef notamment en lui enseignant le combat à
cheval. Avec le temps, il en vint parfois à le seconder
lors des embuscades. Entre deux coups de main, il permit
également à la troupe de gagner des deniers en
amusant de ses tours les nobiles et autres divites
qui les recevaient à leur cour (curtis), se faisant
passer pour de simples jongleurs (joglares)... Avec le
temps, Arnaut se prit au jeu et délaissa peu à peu
le coutel, préférant embrasser la vie moins risquée
des jongleurs et gagner sa vie comme amuseur...
|

|