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TANCREDE LE NORMAN

Juvenis,
miles eques,
vindamus
.

Tancrède (Tancredus) est le benjamen d'un miles dont l'aïeul du même nom, revenu victorieux d'une expédition avec le duc Guillaume, s'était il y a longtemps déclaré défenseur et avoué (advocatus) d'une sauveté (salvitate) en Normandie en lui inféodant ses terres nouvellement gagnées. Son fils avait alors reçu en bénéfice (beneficium) un fief de haubert (feudum loricae) de l'abbé (abbatus), et naturellement le jeune Tancrède put durant toute son enfance mesurer les avantages qu'il y avait à se faire miles ecclesiae et servir l'Eglise comme miles ecclesiae. Avec les fils d'autres mediocres, il reçut une éducation avec les fils des familiae de proceres auxquelles ils appartenaient, ainsi qu'un entraînement devant faire de lui un miles également...

Mais si sa naissance lui assuraient un certain rang comme procer, le parage (paragium) auquel il était destiné laissait la part belle à ses aînés, mais ne lui permettait d'envisager autre chose que de recevoir les miettes du fief, avec peut être au mieux une charge d'estage (beneficium castellani, custodia) en fief (feodum).


Indépendant, la vie de bachelier (non casatus, bachelor) ne l'attira guère. Il quitta alors sa parentèle (parentella) sitôt la colée reçue en compagnie d'autres ardents juvenes comme lui qui formèrent sa nouvelle familia du moment.

Il avait pour idée de réaliser quelques exploits qui lui apporteraient richesse et renommée et lui assureraient un mesmariage avantageux lui permettant ainsi d'accéder au rang auquel il aspirait...
Alors pour y parvenir, il fit comme nombres de puînés juvenes normands, francs, ou angevins de son âge: Il entreprit de courir les tornaments, et ce malgrè l'admonestation de l'Eglise qui y voyait une corruption de la militia en malitia.
Il y gagna certes quelque renommée, mais point de deniers. Et contrairement à beaucoup d'autres jeunes primi milites moins chanceux que lui qui voulaient brûler les étapes en se mesurant à trop fort parti, il réussi à rester en vie et en un seul morceau.

Ayant alors en souvenir ses jeunes années à voir son père protéger la Sauveté, il décida alors de se proposer comme avoué stipendiaire (advocatus stipendiarius) auprès d'abbayes ou comme vidame (vindimus) auprès de clercs de haut rang, en leur offrant l'aide (militare servitium) qu'ils souhaitaient contre une rente (fevum).
Il acquit en quelques années une réputation telle, qu'elle parvint aux oreilles de En Uc.
Le seigneur de Castelpeyrre n'avait plus de vidame. Devenu vieux, ce dernier venait de déguerpir (werpitio, guerpivit) de sa charge pour renoncer au monde et entrer dans le prieuré cistercien (prioratus cisterciencis) voisin de Sainte Mère de Dieu (Sancta Dei Genitrix). Dom Uc fit donc quérir le jeune Normand et lui offrit ce qu'il attendait depuis longtemps: Un ministère qui lui donnerait un honor futur.

Pour Tancrède, cela tombait à point nommé. Cette occasion lui permettait d'accéder à ses aspirations, de renouer avec la tradition familiale, et de peut être pouvoir devenir porteur de Croix en accompagnant son seigneur en Terre Sainte.
Le juvenis fut tant séduit par cette perspective qu'il offrit à En Uc un hommage servile pour le bénéfice (beneficium) qu'on lui bailla. Il se fit alors vassal lige (hominium ligium) en prêtant un hommage (hominium) contra omnes, jura fidélité (iuramentum fidelitatis), et les mauvaises langues colportèrent à Cachepur qu'il y aurait eu l'osculum pacis aussi...
Tancrède devint donc vidame (vindimus) de Castelpeyrre dont il reçut rapidement la seigneurie (dominium) temporelle qu'il administra. Il s'attacha à mettre au pas les ministériaux (ministeriales) récalcitrants, les châtelains (castellani) et milites castri rebelles et les vassaux (vassali, homines) insoumis. Il conduisit des chevauchées (cavalcatas, chalvagada) afin d' assoir la potestas des Castelpeyrre sur le siècle et lança ses milites dans des razzias contre des terres que Uc convoitait, notamment sur certains riches essarts (exarti, arbergamenta, artiguas) dépendants de Cachepur.
A ce propos, il entendit maintes fois son seigneur (dominus) fustiger les mœurs dissolues de la seigneurie voisine de Cachepur, ses nobiles plus soucieux de leur apparence, leurs façons de s'approprier les dîmes (decimae) qui revenaient de droit à l'Eglise, leur prêtres qui se rendaient coupables de nicolaïsme, leurs moines clunisiens plus enclins au luxe et à la simonie pour y parvenir qu'aux préceptes rigoureux fort justement prônés par ceux de Cîteaux.

Il entra de façon personnellement dans le dans le conflit qui animait les deux seigneuries en allant escorter Dona Cristina, la cousine de son seigneur qui venait d'être quasiment répudiée avant mariage par les Cachepur. Dès qu'il la sut en sécurité, il repartit sur ses pas en direction de Combabreuilh toute proche et vengea l'honneur de la donzella à sa manière, tuant le bétail, dévastant les cultures (culturae) et incendiant les casaux (casals, casali) et borderies (borderiae) en lisière de la seigneurie. Certains parmi les milites présents ce jour là rapportèrent qu'elle se pâma devant l'audace et la bravoure du jeune vidame quand on la lui raconta.


D'autres événement mineurs servirent à maintenir latent le conflit entre les deux seigneuries. C'est alors que En Uc prétexta devoir porter assistance à l'un de ses vassaux et récupérer les dîmes de l'altaria d'un fief (fevum) qu'il tenait en coseigneurerie (vicedominium) avec Cachepur pour relancer la guerre...
A compter de ce moment, Tancrede le Normand (Tancredus normanus) commanda en personne l'ost (ostis) de son seigneur sur cette région.



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