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PEYRE, DE
LONHLAC
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Miles eques, miles Christi,
molendinarius.
Peyre (Petrus) est le
petit-fils d'un miles chasé (caballarius
casatus), mediocris faisant autrefois parti de ces
simples alleutiers (minores) ayant accédé à
la chevalerie les armes à la main. Homme libre tenant sa
terre en franc-alleu (francum alodium), son aïeul
(atavus) avait autrefois reconnu la suprématie d'un
seigneur voisin, vassal des comtes d'Angoulême
(Engolismus), accédant ainsi au désir de
tous les grands feudataires qui souhaitaient inclure à
l'intérieur de leurs propres fiefs (fevum) les
alleux dépendant juridiquement de leur potestas.
Parfois, les principes profitaient d'événements
importants pour octroyer fiefs (feoda) et ténéments
(tenementa) afin de s'attacher à bon compte les
alleutiers (minores) parmi les plus fidèles de leur
clientèle.
L'aïeul (atavus) de Peyre
reçut donc un bénéfice (beneficium)
qui lui fournit l'équivalent d'un fief de bourse
(feodum de bursa), en gratitude de ses participations
répétées aux chevauchées (cavalcata,
chalvagada) et expéditions (expeditiones)
comtales sans avoir jamais rien demandé en retour. Ce
geste, assorti d'une convenientia, le plaça lui et
sa famille en vavasselage, faisant de lui un arrière
vassal (vavassores) non chasé (non casatus)
de celle d'Angoulême.
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Par ailleurs, les proceres (principes
milites) trouvant perpétuellement matière à
se faire la guerre, les milites simples vassaux (vassali)
qui en dépendaient multipliaient leurs alliances au gré
de leurs propres intérêts. Le père de
Peyre ne fit pas exception et mit à profit ses relations
avec les seigneurs de Castelpeyrre pour obtenir d'eux certains
bénéfices. En retour de l'assistance fournie
(auxilium), il put ainsi tenir un péage en fief
avec la moitié du tonlieu (teloneum), mais
surtout, il obtint le bénéfice (beneficium)
d'un moulin (molendinus, farinarius) banal en bord de
rivière, en limite de Combabreuilh, les terres sauvages
(terrae incultae) de Cachepur.
Peyre reçut
donc durant son enfance une éducation devant faire de lui
un miles et recevoir le cingulum militia des mains
du procer chez qui il était nourri. En
devenant juvenis, jeune caballarius non encore
chasé (casatus), Peyre décida d'accomplir
son voeu de croix (votum crucis) en se faisant
pélerin (peregrinus) miles Christi et ainsi
représentant sa lignée (prosapia, genus) en
Terre Sainte. Pour financer un tel voyage, sa famille engagea
tous ses biens, alleux (allodia) et fiefs (feoda)
auprès d'abbayes ou de seigneurs dont dépendaient
les terres concernées. Peyre fit bénir ses armes,
et partit au Levant accompagné de trois autres compagnons
et de deux servientes. Il revint seul au bout de cinq
années pour découvrir sa famille ruinée en
grande partie à cause de cette expédition
(expeditio) que pourtant tous avaient souhaitée.
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Toutes leur terres avaient dû être
revendues ou cédées pour honorer les engagements
financiers contractés. Seul leur restait le moulin de
Lonhlac (Lacus longus) assorti de deux ou trois casaux
(casals) que les Castelpeyrre avaient fini par accepter de
leur re-bailler à fief, et une pêcherie (piscatoria)
attenante qui dépendait d'une autre seigneurie.
En tant que prim, Peyre hérita des
biens tenus par son père. Il jura donc fidélité
(iusiurandum fidelitatis) à Uc et fut alors investi
(investitura) à son tour du moulin et de ses
dépendances, et récupéra le bénéfice
de la moitié perdue du tonlieu. Mais s'il n'y eut
d'hommage lige (homagium ligium), la possession d'une
pêcherie aussi proche, dépendant du dominium de
Cachepur fit que le seigneur de Castelpeyrre exigea qu'on
établisse une solidentia, convenientia
faisant de Peyre son homme lige (ligius miles) contra
omnes avant de le confirmer dans ses droits.
Considérant
que tous ces bénéfices cumulés lui assurait
tout de même un revenu plus proche de ceux d'un petit fief
de haubert (feodum lorica) que de celui d'une simple
tenure (tenura, tenementum), Uc exigea de Peyre un
service armé (militare servitium).
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Le moulin ayant son plus fort rendement avec les
hautes eaux d'hiver et du printemps, on convint (conventum)
que ce dernier n'aurait à se présenter à
l'ost (ostis) des Castelpeyrre si besoin était,
qu'au maximum vingt jours l'an entre la saint Jean et la saint
Michel, et ce pour une distance n'excédant pas dix
journées de voyage. Bien que le statut de son moulin
(molendinus) lui permit de bénéficier de
coutumes (consuetudines) allégées par
rapport à celles normalement exigées des villani
et rustici des mas alentours, Peyre en fut réduit
à se faire meunier (molendinarius, molnerius) et à
diriger lui même la maneuvre afin d'honorer un cens
(census) de six sous (.VI. sol.) l'an assorti d'un agrier
(agriarium) égal au douzième de la
production.
Sur son fief ne demeuraient plus que trois ou
quatre vilains (vilani, agricolae) et leurs familles
vivant chacune sur un manse (mansus) qu'il leur avait
concédé sur la condamine (condamina)
attachée en ténément (tenementum) au
moulin, contre un agrier (agriarium) du quart (quartum)
et un cens (census) de deux deniers. Il lui resta d'autre
part, deux serfs (rustici, ancillae, homines de corpore)
qu'il garda avec lui au moulin en guise de sirvientes pour
l'aider et parfois garder la récolte.
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Fivater désormais également
censitaire, Peyre se retrouva à un niveau à
peine supérieur à celui des minores, comme
étaient ses aïeux autrefois. Il consacra alors le
plus clair de son temps à s'occuper de son moulin, et d'en
assurer le bon rendement.
Néanmoins, s'il
s'appliqua à sa tâche, ses revenus ne lui permirent
cependant pas d'acheter un bon destrier pour se rendre à
l'ost de Uc. C'est tout juste s'il avait pu conserver avec lui
son vieux haubert. Aussi s'évertua-t-il de ne pas se mêler
des affaires des barons (barones). Peu à peu, le
meunier prit le pas sur le guerrier.
Mais pour son
malheur, le moulin de Lonhlac se trouvait en bordure des terres
de Cachepur et son fiscus à cheval sur les deux
seigneureries ennemies. La guerre le rattrapa quand un des
proceres des Castelpeyrre vint le quérir l'obliger
à honorer sa part du conventum qu'il avait souscrit
autrefois... A contrecoeur, Peyre d'Outremer (Petrus
Ultramarinus) dut reprendre ses armes.
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