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RICHARD, dit MAUPENCHENAT,
BAYLE

Servus,
ferrarius,
baiulus
.


Richard (Ricardus) est né d'un père vilain (vilanus) et d'une mère coliberte (coliberta) travaillant comme journaliers (homine acasalads) ça et là dans des bordes (bordaria) et manses (mansura) aux lisières des bois (bosci) de Combabreuilh (Comba brolium).
Il vécut une enfance semi-vagabonde alternant belles saisons avec les beaux jours plus longs et mieux payés que l'on consacrait aux labours (arare), aux semailles (seminare) et aux récoltes, et saisons froides avec leurs lots de gelures et de misère. Bien qu'en règle générale, on appliquait à la progéniture la pire des conditions des deux parents, il fut néanmoins considéré comme devant suivre son père et fut donc de condition libre (homo liber, francus). Devenu assez âgé, on put lui négocier une place de serviens chez un vieux forgeron (ferrarius, faber), pour lequel il devrait gagner son pain en se chargeant des travaux pénibles.

Pendant plusieurs années, Richard alterna ainsi les étés aux champs et les hivers à proximité de la forge où le vieil homme, alors sans héritiers (amparatorii), commençait peu à peu à lui révéler les secrets de son art. Mais pour son malheur, il dut aller seul à Cachepur un jour de marché (mercator) afin d'y effectuer des achats pour son maître alors souffrant. D'abord intimidé par la foule, Richard s'émerveilla de tant de couleurs et de richesses sur les étals. Il parvint alors à se faire renvoyer là-bas le marché suivant et les autres fois aussi, et entreprit alors de fréquenter les tavernes, finissant par jouer à des jeux d'argent et coursant les puceles du village.
En quelques mois, le récit de ses agissements parvint aux oreilles des seigneurs de Cachepur qui furent fort agacés de voir les servientes de leur viguerie (vegeria) devoir constamment perdre du temps à pourchasser le même larron. Il finit par se faire engeôler deux semaines par le viguier (vicarius) et se vit imposer une amende de six deniers (.VI. deneros) qu'il paya bien entendu avec l'argent qu'on lui avait confié pour les achats.
A son retour, le vieux forgeron courroucé de voir sa renommée montrée du doigt et son pécule ainsi évanoui en nuits de débauche s'en alla plaider sa cause auprès de la justice du viguier qui lui donna raison et le délivra de l'accord (conventum) passé autrefois avec son père.

Richard fut donc renvoyé sans ménagement, mais décida de mettre à profit ce qu'il avait réussi à apprendre en se faisant forgeron (faber, ferradou) itinérant. Il passa dans les essarts (essarti, exarti) visiter les casaux (casals, casales) et réalisa toutes sortes de menus travaux qui lui permirent de vivre malgré tout. Arriva le temps où les bois (boscos) de Combabreuihl furent regroupés en une seule foresta donnée fevaliter à un nouveau jeune maître, Ernauton, qui s'empressa d'outrepasser ses droits en exigeant l'exporle de tous ses serfs (vernaculi, ancillae) et vilains (villani) sitôt arrivé. Néanmoins, Ernauton voulut tout de même inciter ses paysans (villani, rustici) à se regrouper en un certain nombre de feux autour d'une paroisse (parrochia) et créer ainsi un nouveau village (vicus). Pour ce faire, il entreprit d'offrir des avantages en allégeant certaines mauvaises coutumes (malas consuetudines) liées à quelques un des manses (mansura) qu'il proposa en tenure (fiscus, tenementum) autour d'une altaria forestières dédiée à Saint Méard, juste un peu en contrebas de sa tour (turis).
Le vieux forgeron étant mort sans héritiers, son manse retourna à Ernauton qui l'offrit alors en tenure servile (tenementum servilum) à qui le voudrait.

Ayant habité un temps à la forge, Richard se prétendit son successeur fit valoir son droit dessus contre tout autre qui la souhaiterait, arguant que le vieil homme l'avait nommé son successeur avant son dernier souffle... Il demanda à s'y installer et accepta du même coup de se faire homme de corps (homo de corpore et casalagio), serf (questus, rusticus, ancilla), du nouveau châtelain de Combabreuilh. La forge lui revint et lui assura alors une certaine prestance dans le village (vicus), ce qui incita rapidement Ernauton à l'en nommer bayle ou maire (baiulus, bailles, judex) et représenter sa potestas devant les villageois (villani).

Cependant, dans l'idée d'Ernauton comme partout ailleurs, ce statut nouvellement acquis ne changeait rien et ne différenciait nullement Richard de ses administrés. Serf il était, serf il demeurerait, fut-il devenu bayle. Au contraire, à cause de sa condition servile devrait-il avoir plus de contraintes que certains vilains.
Mais se faire représenter par un homme naturel (homo naturalis) de basse condition et lui donner un pouvoir et était un moyen pratique et peu coûteux pour un seigneur de s'attacher une fidélité.

Âpre aux gains, le rusticus administra donc le village de Saint Méard de Combabreuilh (Sent Meard de Combabreuihl), collectant les coutûmes dont un quart lui était laissé par les nuntii d'Ernauton à titre de sirventage (sirventaticum baiulorum).

Ses prérogatives s'étendirent également à diriger le guet, à conduire les hommes du village en cas de danger ou en cas de levée du ban (bannus). Bien que toujours serf (servus, vernaculus), la charge de bayle (bajulus) généra des revenus suffisants pour lui assurer un certain prestige aux yeux des autres villageois, prestige qu'il se fit un devoir de mettre en avant au quotidien.

Malgré les restrictions émises par son seigneur, Richard s'enhardit donc à porter l'épée, un haubert court et parfois la lance pour en imposer aux autres vilains. Il commença même à caresser l'espoir de tenir sa charge en fief (feù) per serjeanteriam et tenant cela pour acquis, il finit par ne plus se cacher pour se pavaner...

Un nuntius de Renier passant par là l'aurait alors aperçu portant un second éperon (speronum) comme s'il était lui même miles, et qu'Ernauton alors vertement tansé par son cousin pour laisser faire une telle vilainie en aurait été fort courroucé et aurait décidé de le punir. On chuchota même qu'une autre fois, ce fut un corteis de Cachepur qui le reconnu et se gaussa de lui à le voir songer de la sorte à atteindre une condition pour laquelle visiblement il n'était pas né.
Se moquant de sa rusticité et de son manque de manières raffinées, il l'interpella en plein village "ahi, lo brau mau penchenat", le sauvageons mal peigné (malus pectinatus)...


Les villageois n'osèrent pas trop rire ouvertement, mais les sirvientes d'Ernauton en eurent connaissance et ce surnom lui resta dans la région.

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