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RENIER, dit SANZABER
SEHNOR DE CACHEPUR

Famulus,
princeps,
Domnus de Cachepur



Renier (Rainerius) appartient à une ancienne famille de nobles (nobiles, optimates) alleutiers ayant réussi à s'émanciper et faire ériger seigneurie (senhoria), la vicaria castri qu'ils tenaient d'un vassal (fidelis) du comte de Périgord (coms de Periguors) pour la regrouper avec leurs propres alleux (allodia) en une en châtellenie (castellania, castlania). Contre toute attente, l'audacieuse entreprise réussit et les seigneurs de Cachepur surent demeurer en clientèle des puissants principes. On raconta alors dans le pays (pagus) que la lignée (linhatgue, genus) avait dépensé là toute la bonne fortune dont elle avait été pourvue.

Voulant développer l'influence de son fief (fiù) et s'attirer les faveurs des cieux, le grand père de Renier effectua d'importants dons pour fonder un prieuré (prioratus) d'obédience clunisienne en contrebas de son château (castrum) principal. Il en devint abbé laïque (abbatus laicus) et concéda aux moines (monachi, coenobiti) de nombreux avantages, dont les trois quart des coutumes (consuetidines) et toutes les dîmes (decimae) du bourg (burgus) qu'ils devraient alors contribuer à développer en contrepartie.
Cachepur prospérait quand le seigneur d'alors succomba à ses blessures pendant une chevauchée (cavalcata, chalvagada ) contre un rival voisin. La seigneurie de cachepur fut laissée en frairage (paragium) au deux fils. Ayant contracté une mésalliance en épousant un miles de leur clientèle, leur soeur (soror) dut se contenter d'une partie de la vicaria castri du château de Hauterive provenant de l'héritage maternel. En tant que fils aîné (primus filius, prim'), l'oncle (avunculus) de Renier fut investi du dominium au nom de son lignage. Recevant alors en frairage la seigneurerie pour moitié, son jeune frère se contenta de lui présenter des gages de fidélité sans s'inféoder ni prêter hommage tel qu'on l'aurait entendu plus au nord. Les deux seigneurs dirigèrent le domaine de concert durant les premières années, se réclamant chacun du titre de seigneur de Cachepur.

Malheureusement, ils eurent bientôt des ambitions opposées pour la conduite de la seigneurie, la levée de certaines coutumes comme celles que les vilains (villani) appelaient les mauvaises coutumes (malas consuetudines), les dîmes (decimas), mais surtout pour tout ce qui concernait les alleux (allodia) alentours.

Avec les années, les divergences s'accrurent et finirent par s'étendre hors de l'aula, au point de voir parfois recourir aux armes deux factions rivales: l'une se reconnaissant dans l'autorité de l'aîné, l'autre lui préférant son cadet.
Leur soeur tenta bien de conserver une certaine neutralité mais elle fut bientôt obligée de partir avec son mari vivre en Saintonge.
La châtellenie connut alors une grave période de troubles et d'instabilité.

Bien qu'il était encore d'usage que les collatéraux puissent hériter avant les descendants, le principe de transmission des parents à leurs enfants commençait à s'imposer dans la région. L'oncle de Renier n'eut pour seul enfant légitime qu'une fille, qui ne survécut d'ailleurs pas à une épidémie de dysenterie (dolore dissenterie). On ne lui connut pas d'autres descendants, hormis peut être d'incertains bâtards qu'on lui inventait ça et là, très certainement du fait de son statut. Son frère cadet, au contraire, eut trois fils qui lui assurèrent de façon quasi certaine le retour de Cachepur dans le giron de sa propre lignée (linhatge, prosapia).
Est-ce pour contrer cela... toujours est-il que l'aîné des co-seigneurs (vice-domini) ramena un jour un jeune garçon dont il se déclara le protecteur et pour lequel il ordonna une éducation identique aux autres enfants (pueri) de la familia de même qu'une instruction militaire qui devait en faire un caballarius.
Les années passèrent, les deux seigneurs continuèrent tant bien que mal à diriger Cachepur, tantôt se réconciliant avec grande effusion, tantôt se querellant et cherchant à s'occire...
...jusqu'au jour sombre où se faisant accompagner de son bâtard (bastardus) vers un de ses châteaux (castra) afin de lui enseigner comment mettre au pas son gardien (custos) récalcitrant, l'oncle de Renier tomba dans une embuscade.


Le jeune Ernauton en réchappa de justesse grâce à la bravoure d'un des milites de l'escorte (commitatus) qui put le soustraire à l'ennemi, mais le seigneur succomba sur place à ses blessures avant d'avoir reconnu son protégé pour successeur (successor), emportant son secret avec lui.

Heureuse fortune pour la branche cadette des Cachepur, on le chuchota. Cependant, nul n'osa aller trop loin ouvertement dans ces suppositions.
Le père de Renier devint ainsi seul seigneur (domnus, sehnor) de Cachepur. Il s'attacha alors à remettre de l'ordre dans sa châtellenie, notamment en mettent au pas certains des milites castri et ministeriaux (ministeriales) qui avaient profité de cette situation de crise pour se considérer indépendants et tenter à leur tour d'émanciper leurs propres bénéfices (benefizi).

Quelques années après ces événements, le plus jeune des fils succomba à un estoc alors qu'il s'aguerrissait à l'escrime à la lance couchée contre son frère aîné, pourtant juvenis accompli. Ce dernier, pris de remords, décida de se faire moine (monachus) et de quitter le siècle. Le seigneur de Cachepur effectua alors une importante donation, et réussi rapidement à le faire nommer prieur obédiencier (prior obedientiarius, prior simplex) de la communauté religieuse voisine.
Par la suite, il déclara Renier comme son seul successeur et le fit reconnaître par ses vassaux. Sur les conseils de son chapelain (capellanus), il s'empressa alors d'écarter son neveu bâtard avant qu'il ne prétende au cingulum militia, lui cédant pour leurre un petit bénéfice (beneficium) de serjenteria dans un breuilh (brolium), avant de finalement le jetter en prison sur les conseils de son chapelain (capellanus) à la suite d'une sombre affaire de moeurs.

En Renier, quant à lui, reçut naturellement ses éperons (sperona), le cingulum militia, et fut associé de plus près au dominium et à son exercitus, ainsi qu'aux affaires courantes.

Lorsqu'il hérita à son tour, ce fut d'une seigneurie en proie à des tensions internes. L'ombre de son oncle planait encore, et certains des ministériaux turbulents poussés par certains vassaux devaient encore être mis au pas.

Il sut néanmoins se faire aimer de ses paysans (villani, rustici) en abrogeant quelques mauvaises coutumes (malas consuetudines) et parvint à se réconcilier avec les plus influents parmis ses vassaux (homines), proceres, milites castri ou même banerii de sa familia, de telle sorte que la plupart d'entre eux finirent par faire amende honorable.

Souhaitant alors se montrer large, il libéra son cousin (cognatus). Il lui donna la chevalerie, et lui confia la garde d'une seigneurie foncière au sud de Cachepur, assortie de la plupart de ses coutumes (consuetudines) et d'une partie du ban, tout en sachant que cet honor empoisonné par la proximité de l'ennemi Castelpeyrre ne manquerait pas de canaliser son tempérament belliqueux.

Combabreuilh étant une terre à défricher, En Renier calcula que le fiscus lui rapporterait indirectement un surcroît de revenus grâce aux populations de serfs (rustici) et de colons (coloni) qu'il permettrait à Ernauton d'attirer à lui et pour lesquelles il serait en droit d'exiger des redevances supplémentaires.

Par ailleurs, Renier contrecarra également les plans de ceux qui souhaitaient encore voir la lignée (genus) d'Ernauton redevenir seigneur de Cachepur.
Il s'attacha la fidélité de son principal viguier (vicarius, vegerius) en lui donnant des pouvoirs de dapifer (senescallus). Il alla même jusqu'à lui donner en mariage sa cousine au premier degré (germana), faisant de lui par ce geste un héritier direct plus légitime que le Paguemau.

Le seigneur de Cachepur sut ainsi utiliser et entretenir à son profit les dissensions existantes parmi ses principaux vassaux (vassali, fidelites), caballarii et autres clientes de sa familia, et réunir les seigneuries (seigniorias) alliées de son fief (fevum) sous son autorité (auctoritas). Bien lui en prit, car aux frontières de son domaine, il eut très rapidement à faire aux milites des seigneurs de Castelpeyrre.

Ces derniers convoitaient depuis déjà longtemps une partie de Cachepur mais n'avaient jusque là jamais pu parvenir à leurs fins et avaient fini par s'enliser eux même dans leurs propres querelles de succession. Avec l'avènement de Uc, un jeune seigneur châtelain investi par ailleurs de fonctions ecclésiastiques, on vit revenir au galop les hostilités à travers quelques chevauchées (cavalcatas) contre borderies (bordarias) et même des petits châteaux (castella) frontaliers.

Castelpeyrre et Cachepur étant ennemi de longue date, la tension devint palpable lorsque Renier épousa Na Judith, fille d'un seigneur (senhor) toulousain avec lequel son lignage (linhage, lineatgium) avaient lié amitié lors de chevauchées en Aragon. Le ric'home en question possédait une petite seigneurie (senhoria) du nom de Castelgarrigues (Castro garriguas) non loin de Cachepur, qu'il envisagea de soustraire à la rapacité des Castelpeyrre en en dotant sa fille pour son mariage.

L'entourage de Renier avait eu vent de la situation et n'était pas dupe du cadeau empoisonné. Le fief (honor) était désormais revendiqué depuis peu par En Uc, et accepter de soutenir un désaveu (diffiducio) envers un seigneur désormais légitime risquait de faire évoluer en conflit une situation déjà tendue, qui plus est contre quelqu'un qui se servirait de sa position ecclésiastique pour avoir gain de cause.

Néanmoins, sur le conseil de ses vassaux (homines fidelites), Renier accepta l'offre. Il épousa Dauna Judith et lui laissa son fief (fieù) en douaire (doaire, dotarium) comme convenu.
Mais, il ne reconnut pas pour autant Dom Uc pour seigneur et ne lui prêta encore moins hommage.

Le conflit avec les Cachepur reprit effectivement corps, mais le prétexte fut un hameau (mansus, vicus) appelé Fontanille (Fontanilha, Minus Fons) dont Renier était coseigneur (vicedominus) avec Jehan, un miles castri originaire du Poitou qui se trouvait n'être rien moins que vassal lige (homo ligium, homo solidus) des Castelpeyrre.


Le mas en question se composait de quelques manses cultivés (mansi vestiti) autour d'une plantade (plantada) et d'une vigne (vinea), dans un essart (arbergamentum, exartus, artigua) qu'ils possédaient tous deux en pariage, partageant dépenses et bénéfices.


Seulement, la part des seigneurs de Cachepur comprenait une église paroissiale (altaria) dont ils avaient depuis longtemps inféodé les dîme (decimae). Avec l'arrivée de nouveaux colons (coloni), cette dîme se trouva devenir assez importante pour que Dom Uc s'y intéresse et fasse revendiquer par son vassal en son nom la totalité des bénéfices (beneficia) du fief (fiscus) de l'altaria.
Le seigneur de Cachepur refusa et ses hommes malmenèrent quelque peu les dîmiers (decimarii) adverses.

On vit alors se produire les premières incursions armées auxquelles Renier dut faire face, parfois les armes à la main en levant son ban (bannus), quelquefois en s'appuyant comme son ennemi sur la participation de stipendiaires (milites stipendiarii) dont il devait s'offrir les services.

Cette guerre contre son puissant voisin commença à la longue à lui coûter fort cher, notamment pour maintenir sur le pied de guerre les milites de sa familia. Seulement, il ne pouvait indéfiniment augmenter les péages (pedagia) et tonlieux (thelonea), ni ordonner le retour des mauvaises coutumes (malas consuetudines) qu'il venait d'abroger, s'il voulait conserver sa châtellenie (castlania) unie autour de lui.

Pour pallier à cette déficience, il exigea l'assistance (auxilium) financière sinon armée de certains de ses vassaux et alliés qui s'y étaient engagés par contrat (convenientia). Mais il inféoda surtout d'autres dîmes (decimae), et leva des redevances sur certains fiefs (feoda) et ténéments (tenementa) dépendant du prieuré de son frère aîné, lequel pour la cause familiale ferma les yeux devant certaines des exactions (exactiones) abusives des agents (vierii) de son cadet.

Ainsi en s'en prenant aux biens de l'Eglise et en bravant des interdits canoniques, Cachepur tint bon tout en continuant à afficher une cour (curis) fastueuse, au grand mécontentement de Uc.


C'est à Fontanille, alors que les deux militiae étaient alignées prêtes à charger, que se produisit un événement singulier. Voyant pour la première fois l'équipage de Cachepur et la modestie de ses caballarii banerii composant son armée (exercitus) au regard de la richesse de l'ost des Castelpeyrre, un des juvenes de Uc pointa Renier du doigt, s'esclaffa et s'écria voir "oun Sanzaber", provoquant aussitôt l'hilarité parmi ses compagnons en le comparant ainsi lui et son ban aux gueux conduits par Gauthier et Pierre l'Ermite autrefois.
Cependant, contre toute attente, le surnom fut alors repris en écho par les Cachepur qui y virent une justification à leur cause contre leurs ennemis.

On ne sut jamais qui était le jeune impertinent car En Renier le lui fit payer au premier assaut. Mais le surnom resta, et à compter de ce jour, Renier fut couramment appelé Sanzaber, (le sans avoir, Sine auerio) de part et d'autre des deux seigneuries.

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