|
Rusticus, cliens, messegarius.
Fils
de serfs (rusticus, ancilla) laboureurs (fudidores)
du village administré par un bayle (baiulus)
dénommé Richard, Olivier (Oliverius,Olivers)
était voué de naissance à la culture d'un
manse servile (mansus servilus) sur un maine
(mainamentum) ou un vilar (villarium). En tant
qu'homme de corps (homo proprius, homo de corpore)
de son seigneur, il était taillable et corvéable
à merci, sujet à subir l'ancilla et
devait s'acquiter de nombreuses redevances, dont la taille
(tallia, questa), l'agrier (agrierium), la dîme
(decima), et surtout le chevage (capitalis
census). Il devait en outre s'acquitter deux fois l'an de la
corvée (corveia) de curetage des fossés de
la motte (motta), et devait fournir trois pieux pour en
consolider la palissade. Cette charge ne le différenciait
guère des autres serfs (mancipia, ancillae, vernaculi,
questi) même s'il participait également au
service de guet de son village (vicus) sous les ordres et
la conduite du bayle.
Mais le destin et Renier en
décidèrent autrement, car en limite de Combabreuihl
(Comba brolium), on commença à devoir se
prémunir contre des chevauchées (cavalcatas)
lancées par des milites semblant appartenir à
la familia des Castelpeyrre, alors ennemis des Cachepur.
|

|
|

|
Prévoyant la guerre, en Renier avait
alors commandé à ses vassaux (homines),
proceres, milites castri et simple divites
d'augmenter leurs effectifs en caballarii, servientes,
et clientes disponibles en recrutant dans les feùs
de leur fiefs (feoda) et seigneuries (senhorias).
S'agissant de faire face à un danger, tous les vilains
(villani) et serfs (servi) d'Ernauton furent bien
entendu concernés et contraints de participer
ponctuellement à l'effort demandé.
Les
fonctions de maire (baiulus) de Richard lui avaient
rapporté prestige et revenus, et il avait commencé
à s'équiper comme s'il était lui même
devenu dives, enfreignant en cela l'interdiction que lui
avait faite son seigneur. Il renâclait donc de plus en plus
à se rendre lui même à la tour d'Ernauton
pour s'acquitter du service de garde (custodia) d'autant
que cette charge était limité en durée et
qu'on ne pouvait le quérir pour une chevauchée
(cavalcata) hors de la seigneurie. Voulant cependant
plaire à son maître et conserver ses privilèges
sur les autres villageois, il avait pris pour habitude d'envoyer
tout de même très régulièrement un
détachement de quelques paysans (rustici).
Olivier
le lui avait fait remarquer et s'était quelque peu moqué
de lui... Comme il renâclait souvent au travaux des champs
pour courir les garennes chasser les conils, le bayle
(bajulus) décida d'honorer sa parole envers son
seigneur tout en se débarrassant de lui. Aussi, lorsque
les servientes d'Ernauton vinrent enrôler des
clientes, Richard le désigna afin qu'il se rende à
sa place.
|
|
Comme beaucoup de rustici, Olivier
n'appréciait guère les cabalarii qui
ravageaient les cultures, incendiaient les granges, ou tuaient le
bétail pour briser la résistance adverse, ou
simplement ruinaient une récolte entière pour le
plaisir de poursuivre un gibier sans prendre la mesure des
ravages causés. Il fut néanmoins contraint de les
suivre et d'obéir, et demeura un temps parmis la militia
avec la serjeanteria de la tour, alternant de mauvaise
grâce gardes et corvées. Or Olivier appartenait de
corps (homo proprius, homo corpore et casalagio) à
son seigneur (senhor) qui pouvait le déplacer ou le
céder comme bon lui semblait.
Ernauton, qui
recherchait toujours un prétexte pour ne pas débourser
ses deniers (denerii), ni s'acquitter des redevances dues
à son seigneur et cousin, céda donc Olivier qui
était un cliens récent, peu entraîné
et de peu valeur à ses yeux. Il l'assortit d'un
équipement réduit (sorte de vestura) en
contrepartie d'une demi récolte d'une vigne (vinea)
qu'il avait acquit en alleu (alaudium) avec son fief
(feù).
Renier dut bien accepter et confia
alors le serf à son viguier (vegerius) qui en
disposa à sa guise comme cliens pour la militia
et la viguerie (vigeria).
|

|
|

|
Olivier devint l'un des messeguers (messegarii)
de la voirie (vieria) et dû alors garder les
récoltes et les vignes quand la saison le commandait. Cela
lui permit se faire également veneur (venator) en
posant notamment en toute impunité des collets pour
fournir le pelletier (pelliparius) de Renier, et compléter
ainsi son revenu. Par ailleurs, sa connaissance de certains lieux
tels que les bois de Combabreuihl incita Itier à
l'utiliser également comme éclaireur (corredor)
chaque fois qu'il devait entreprendre une incursion sur les
terres d'Ernauton en demeurant discret pour quester un suspect...
|
|
Rusticus autrefois, la vie de messeguer
apporta à Olivier la perspective d'un avenir meilleur dans
la vicaria et de nombreux avantages par rapport aux autres
vilains (villani), du moins tant que durerait sa capacité
à porter les armes. Il apprécia donc sa
nouvelle condition qui lui fit oublier les lointaines corvées
(corveias) et les pénibles travaux des champs.
Et quand bien même il dut obéissance
au sévère Teignou (Tineosus), son
seigneur Renier s'avéra un bon maître faisant
souvent largesse, ce qui lui fit dire qu'une cuisse d'oie confite
vaut bien quelques guets, non...
|

|