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JUDITH,
DAUNA DE CACHEPUR

Genera nobile,
Domna de Cachepur
.


Na Judith est la fille ainée (prima filha ou filla) d'un petit seigneur (senhor) dont le fief (honor, fiù) principal dépendait principalement du Comte de Toulouse (comes de Tholosa). Du temps où le Périgord appartenait au Toulousain, la famille (linhage, lineatge) de Judith avait tissé des liens avec des familles (familia) de châtelains (castellani) d'Aquitaine. Quand le comté passa aux mains du duc Guillaume, ses aïeux (ascendentes) surent en tirer profit, recevant des bénéfices (benefizi) en largesses et achetant quelques terres (terrae) en alleu (alodium) entre Toulouse (Tolosa) et Périgueux (Perigüer). Puis les vassaux (vassali) et arrières vassaux (vavassores) toulousains dont faisait partie le père de Judith furent diversement sollicités au titre de l'assistance (auxilium) due lors de querelles les guerres entre principes et barons (barones). L'éloignement des terres d'Aquitaine et les longues absences servirent peu à peu de prétexte à des pressions de la part des seigneurs (domini) voisins, voire de désaveux (diffiduciatio) et de confiscations (commissatio), réduisant d'autant le nombre de mas et de fiefs (fiùs) en possession du père de Judith.

Le plus important d'entre ceux qui restaient par là se trouvait quelque part au sud est de Cachepur et tenait encore grâce à une garde (custos) assurée par un hidalgo et quelques caballeros tenus par contrat (convenientia) à sa défense. Seulement, ce domaine était en proie à la convoitise de Uc, le jeune seigneur de Castelpeyrre qui abusait de sa charge ecclésiastique pour arriver à ses fins. Dom Uc annexa la seigneurie (senhoria) dont dépendaient les terres du père de Judith dans ce pays (pagus), terres qu'il ne tarda pas à revendiquer pour lui, promettant par un usage bien peu fréquent par ici de la rétrocéder contre un hommage (homminium). Le toulousain fit traîner les choses, et bien qu'homme de la clientèle du comte, refuser cette offre s'avérait dangereux, car sa famille était connue de l'Eglise comme étant laxiste sinon favorable à la doctrine des Bons Homs, cette hérésie qui sévissait chez les provençaux (provincianii) mais qu'on avait semble-t-il enrayé le long de la Garonne. Le père de Judith entrevit donc aisément la faille que le seigneur de Castelpeyrre pourrait utiliser contre lui et par laquelle il allait s'engouffrer pour lui confisquer (commissio) son bien.
S'étant plusieurs fois rencontrés lors de chevauchées (cavacalta) communes, et notamment lors de la Reconquista, le père de Judith connaissait bien le père de Renier, et il savait que la seigneurie de Cachepur était la seule assez proche et assez puissante pour tenir tête aux Castelpeyrre et pouvoir soustraire ses possessions périgordines à la convoitise de en Uc. Il se présenta en secret à en Renier et lui proposa sa fille en mariage, promettant de lui céder en franc alleu le capmas de Castelgarrigues (Castro garriguas), ses mas (mansii) qui en dépendaient, le fief (feù) qu'il comprenait, la viguerie (vegeria), la cuisine (codina), ainsi que toutes les redevances (benefizi) qu'il pourrait en tirer. Il demanda seulement de promettre de laisser en retour ce domaine en douaire (doaire, dotarium) à sa fille.

Renier Sanzaber savait qu'étant fille unique, Judith hériterait un jour de tout le domaine de son père, ses oncles étant partis avec l'armée de Saint Gille (Raimundus Sancti Egidii, Raimon San Gil) et ayant disparus tour à tour en Terre Sainte.

Encouragé par son conseil qui lui fit miroiter un accroissement de pouvoir et de revenus, Renier accepta l'offre, mais ne prêta pas pour autant hommage à Uc ni ne convint d'aucun accord (conventum) pour cette terre et ses casaux (casals). Le seigneur de Castelpeyrre cessa pour un temps d'en revendiquer le dominium mais ulcéré, il en fit incendier les mas (mansii) les plus isolés par ses cavallers.

Devenu ipso facto tuteur (procurator, balium) du fief (fiù, honor), de Castro garriguas, Renier se contenta d'en recevoir la potestas, et laissa Judith l'administrer à titre personnel.



A ce jour, dame Judith la toulousaine (na Judith la tolosana) devint alors dame de Cachepur (domna de Cachepur).

Renier la fit reconnaître par ses hommes, optimates, proceres, divites et simples caballiarii réunis et Judith gouverna alors le domaine au côté de son seigneur.

Instruite pour succéder à son père, elle sut s'affirmer sur ses nouveaux hommes (homines, vassali) dont elle obtint dévouement, mais également sur les clercs (clergs), les vilains (villani) et serfs (rustici) de Cachepurs en tenant des plaids justes et équitables en présence des nobles (cum omnibus optimatibus fecerunt placitum) grâce à sa connaissance du droit (dreitz) et des écritures, chose assez rare en fait.

A Cachepur, elle rechercha plus particulièrement la compagnie de chantaires (chantadors) de son pays, et reçut chaque fois qu'il s'en présentait, jongleurs (joglars) et troubadours (trobadores), dont quelques uns de parfois célèbres parlant le dreita parladura qui lui rappelaient son pays.

Dans cet attirance vers le trobar et la fin'amor, elle trouva entente avec dauna Mélissande (Milesendis), la cousine de Renier et dame (domna) de Hauterives dont elle fit sa conseillère et sur qui elle s'appuya pour mieux connaître le droit et les coutumes de son nouveau pays.

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