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ITIER, dit
LO TEIGNOU, VEGER DE CACHEPUR
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Rusticus, vegerius, dapifer.
Itier
(Iterius) est né serf (rusticus, ruricola,
ancilla, vernaculus) dans la seigneurie de Rochefort (Rocca
forte ou Rupefortis) sur Charente, entre l'Aunis et de la
Basse Saintonge. Ses aïeux (genus, linhatge),
alors laboureurs à bras (fudidores), s'étaient
vu obligés de s'enquester pour survivre, en
contrepartie de quoi ils reçurent un manse servile (mansus
servilum) en tenure (casamentum). Bien que la
seigneurie soit directement tenue des comtes de Poitiers, la
garnison (exercitus, militia) était petite, aussi
durent-ils s'acquitter d'un service (militare servitium)
au château à titre de corvée, durant lequel
on les utilisa comme archers ou arbalétriers (balistarii).
Itier grandit donc dans l'entourage des milites,
servientes et autres clientes. D'abord utilisé
comme éclaireur (corredor), il fut par la suite
affecté à la viguerie (vicaria) de son
maître et dut aider à la perception des redevances
(exactiones).Tout ceci l'éloignait certes des
pénibles travaux des champs. Néanmoins, ses chances
de voir s'améliorer sa condition dans ce petit fief
(fevum) étaient minces, et jamais il ne pourrait
racheter sa liberté. De plus, lorsqu'il dut hériter
de son manse (mansio), son seigneur augmenta la mainmorte
(manu mortua) pour le lui reprendre (commisum),
prétextant qu'il n'en avait plus besoin, étant
désormais à demeure au château.
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Itier profita donc d'une
journée durant laquelle il accompagnait le voyer (vierius)
avec un seul sirviens, pour neutraliser l'envoyé de
son maître, molester l'autre cliens et s'enfuir avec
les deniers (denarios) perçus lors de la collecte
des moutonnages (teloneum) et des rivages (riparia).
Il savait que par voie de terre, il serait vite
rattrapé par son seigneur qui ne manquerait pas d'invoquer
son droit de suite pour réclamer son homme en
fuite (servus fugitivus) dans les seigneuries alentours.
Il traversa les forêts (boscos) saintongeaises en
direction de Broue (Broatga ou Portus Santonum) et
piqua alors sur Royan (Rogianus) où il réussi
à s'embarquer sur une gabarre.
Il put
rallier Bordeaux (Bordeu, Burdegala), immense cité
fourmillant de marchands où des gascons (vasconii)
négociants en vin (vinum mercatores) l'engagèrent
un temps dans leur escorte (commitatus, satellitium). Ces
voyages l'amenèrent jusqu'à une seigneurie en
Périgord (Perigors) où un jeune seigneur
(dominus), famulus miles du nom de Renier
(Rainerius) venait d'héritier d'une châtellenie
(castlania) dont la potestas était encore
vacillante.
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Comme nombre de seigneurs de son temps, Renier
voulait développer son fief (fieù). Pour ce
faire, il devait gagner sur la forêt et y fixer des
populations, aussi avait-il besoin de nouveaux vilains et donc de
nouveaux sirvientes. Itier se présenta à
lui, raconta une partie seulement de son passé, et par un
hommage servile (hominium servilum), obtint l'asile en
s'offrant librement au seigneur de Cachepur (senhor de
Cachepur). Renier l'accueillit comme homme propre (homo
proprius) et l'affecta... au service du viguier (vicarius).
Au fil des mois, Itier en arriva presque à oublier son
ancien maître jusqu'au jour où arrivèrent de
Saintonge et d'Aunis quelques colons (coloni) venus
s'installer sur des terres à défricher (terra
inculta). Parmi eux se trouvait un vilain (villanus)
affirmant venir de l'estuaire de la Charente (Charanta) et
qui se mit bientôt à poser des questions...
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Bien qu'il ne l'ait jamais vu auparavant, Itier
décida alors de résoudre ce problème et
moins d'une semaine plus tard, on retrouva le viguier occis en
forêt et les deniers de sa collecte dérobés...
Itier,
qui affirma avoir vu quelque chose, fut chargé de
conduire les autres servientes de la viguerie (vicaria)
pour mener l'enquête... qu'il fit aboutir jusqu'aux colons
en question. Aménageant une tenure (tenencia)
au milieu de quelques casaux (casales) sur un essart
(arbergamentum) en bordure de la seigneurie (senhoria)
de Combabreuilh, les trois compagnons prirent peur et tentèrent
de s'enfuir à la vue des voyers (vierii) en arme,
ce qui eut alors valeur de preuve aux yeux de tous.
Itier
les arrêta, leur extorqua à chacun six deniers (.VI.
deneros) à titre de caution et présenta devant
en Renier un coupable qui ne put se disculper.
L'affaire
fut entendue. L'un des vilains (villanus) fut pendu et ses
quelques biens saisis (commissio) à titre de
vengeance (marca) pour les préjudices causés
à la viguerie... viguerie (vigeria, vicaria), que
Itier, fort de son succès eu la permission de racheter
pour lui.
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Ses pouvoirs devinrent d'un
coup beaucoup plus étendus car non seulement en Renier
lui donna le droit de rendre la basse justice (causae
minores), mais surtout, il lui confia le droit d'arrière
ban (bannus) sur les vilains (vilani) des alentours
en son nom.
La viguerie (vegeria)
s'étendait sur une grande partie de Cachepur et recouvrait
la justice foncière concernant les villageois (burgenses),
et paysans (agricolae, pagesii), qu'ils soient vilains
(villanos), lides (legii), serfs (rusticos,
mancipia, vernaculi) ou colliberti.
Itier
devint ainsi responsable du guet, fut chargé de
l'organisation des marchés (mercata) et foires
(feriae), dut s'assurer des tonlieux (telonea) et
péages (peagia, peatgia), percevoir les droits de
justice (districtio), collecter le cens (censemus),
l'agrier (agrerium), les dîmes (decima), le
fouage, et toutes les autres redevances dues à son
seigneur.
Recevant à hauteur d'un dixième
des valeurs collectées à titre de rémunération
personnelle, il s'évertua à imposer de nouvelles
exactions (excationes) chaque fois qu'il en eut
l'occasion, prétextant de nouvelles coutumes
(consuetudines) afin de bénéficier de
revenus supplémentaires en monnaie ou en nature.
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Pour représenter les prérogatives de
son seigneur, Itier se fit aider dans ses fonctions par des
voyers (vierii), messeguers (messegarii) et bayles
(baiuli) qui durent lui rendre régulièrement
des comptes.
Comme beaucoup d'autres viguiers, il
outrepassa de nombreuses fois ses droits, exigeant des amandes en
vertu de coutumes (consuetinunes) n'ayant jamais existé,
violentant un vilain (villanus) ici, dépouillant un
moine (monachus, coenobitus) là, exigeant un cens
(census) trop élevé ici, ou en inféodant
quelques dîmes (decima) là.
Lorsque
les plaintes reçues s'avéraient trop importantes,
Renier intervenait parfois pour mettre bon ordre et débouter
son viguier (vigerius). Mais dans l'ensemble, son
ministerial ne faisait là rien d'exceptionnel
d'autant qu'il cautionnait la plupart des ces petites exactions
qui contribuaient à enrichir son propre trésor...
Itier devint à la longue un serviens aux
revenus non négligeables.
Il eut par la suite l'opportunité de
renforcer sa position à Cachepur lorsque son seigneur
accueillit sa cousine de Saintonge venue lui renouveler un
hommage pour la vicaria castri de Hauterive (Alta riva)
et les bénéfices (beneficii) dont elle avait
hérité de sa mère.
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Dauna Mélissande (Milesendis)
n'étant pas mariée, Renier voulut protéger
sa cousine du risque d'un enlèvement (raptus) par
quelques vassaux (fidelites) ou juvenes ambitieux
et lui proposa pour cela une aide (auxilium) dans ses
prérogatives militaires (militare exercitum) deux
semaines chaque mois. Mélissande dut accepter et fit le
jeu de Renier: Ce dernier tout en la confirmant plusieurs fois
dans ses droits, était parvenu à lui assigner une
sorte de tuteur (balium) en la personne de son viguier.
A cette époque, Itier n'était encore que
serviens, et son districtus était restreint
aux seuls environs du château (castrum) de Cachepur,
aussi entrevit-il d'abord dans cette mission la possibilité
d'accéder à des fonctions plus importantes. Bien
qu'elle le connût pour l'avoir à plusieurs reprises
aperçu à la cour de Cachepur (curia de
Cachepur), la châtelaine (castlana) le considéra
de très haut au départ, craignant une manoeuvre de
son cousin. Cependant, elle révisa son jugement en
constatant qu'il ne cherchait pas à empiéter sur
ses droits. Itier finit donc par se plaire à Hauterive. Il
s'essaya au trobar pour courtiser la dauna, mais il
s'aperçut très vite que la musique n'était
pas sa voie, aussi se contenta-t-il d'écouter les cansos
des jongleurs (joglars) que Mélissande recevait...
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Renier, qui recherchait des appuis neutres pour
asseoir son autorité sur certains de ses vassaux, comprit
qu'un mesmariage entre son beguey (vicarius,
vegerius, veger) et sa cousine lui permettrait de stabiliser
sa potestas. S'aliéner un nouvel homme (homo
fidelis) qui lui serait entièrement dévoué
lui permettrait d'opposer subtilement un obstacle efficace à
l'ambition de son bâtard de cousin et des partisans de son
lignage (linhatge).
Afin de marquer son
approbation et d'aider à cette entreprise, Renier fit
preuve de largesse. Il fit de son ministerial un lides
(legius) en l'affranchissant. Puis, il le ceignit son
sirviens du baudrier (cingulum militia) et des
éperons (sperona) des caballarii. Enfin, il
le confirma dans la viguerie (vicaria) de Cachepur qu'il
lui concéda en fief (fieù) désormais
héréditaire, contre un hommage contra omnes
(hominium ligium). Il étendit enfin les
prérogatives de son solidus (homo solidus)
de façon ponctuelle, mais néanmoins bien au delà
de ce que ce dernier n'aurait jamais pu espérer.
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Itier reçut le ban (bannus) de
Cachepur, ce qui lui procura un commandement militaire comparable
à celui d'un sénéchal (dapifer,
senescallus). C'est à ce titre qu'il finit par diriger
à plusieurs reprises l'ost (ostis) de son seigneur
(senhor) lors de chevauchées (cavalcata)
contre son ennemi Castelpeyrre, et même au cours
d'expéditions (expeditio) plus lointaines comme
celles en Aragon et en Navarre et que En Renier lui
ordonna d'escorter des optimates et autres proceres de sa
familiale long de pélerinages vers Compostella.
Il se vit également confier
la haute justice (causae majores) et détint le
districtus sur la majeure partie de Cachepur pour les
quatre cas de vol (furtus), rapt (raptus), incendie
(incendiarus) et meurtre (sanguinus). Il put même
lancer des assignations (invitati) aux conditione
nobiles, vassaux (homines fidelites) de Cachepur et
user d'un droit de suite jusqu'en dehors de sa viguerie
(vicaria), exception faite de la seigneurie foncière
gardée par Ernauton. En effet, Renier préféra
juguler les sources de querelles entre son beguey
(vicarius, vegerius) et son forestier
(forestarius), en assurant lui même les causae
majores sur les terres de son turbulent cousin.
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Itier épousa
Mélissande devant les nobles (famuli, optimates),
les proceres et tous ceux de Cachepur. En Renier
fit un don de 110 sous (.CX. solidos.) à son
prieuré et déclara alors huit jours de fête.
Il donna alors l'entière seigneurie (dominium,
senhoria) de Hauterive en garde à sa cousine et
gratifia son viguier de l'investiture (investitura) pour
la vicaria castri, lui procurant ainsi une notoriété
accrue. Même si Itier n'était que tuteur
(balium), cet honor eut bien plus d'importance à
ses yeux que le cingulum militia ou même la viguerie
(vegeria) de Cachepur dont il possedait désormais
un districtus étendu, car il fut désormais
considéré par beaucoup comme le châtelain de
Hauterive (castlan de Alta riva).
Le nouveau cousin
(cognatus) du seigneur de Cachepur voulu alors se montrer
à la hauteur de son nouveau statut. Il se laissa donc
facilement convaincre par son épouse (molher, uxor)
d'adopter une attitude plus libérale vis à vis des
paysans (rustici). Il allégea certaines
mauvaises coutumes (malas consuetudines) et s'efforça
de réfréner quelques une des exactions (exactiones)
perpétrées par ses propres voyers (vierii,
vicarii), notamment sur les moines du prieuré voisin
et leurs hommes propres (homines proprii).
Néanmoins,
il se devait à ses nouvelles prérogatives et devait
toujours faire respecter les droits (dreits) de son
seigneur.
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Devenu un des principaux hommes (homo fidelis)
de Renier et dapifer occasionnel, le viguier dut désormais
délaisser le quotidien des rusticos à ses
propres agents pour ne présider que les plaids (placita)
faisant intervenir l'un des des quatre cas.
Représentant
son seigneur (senhor, seinior), il s'attacha en outre à
tenir les turbulents milites et custodes castri,
châtelains (castellani) et autres vassaux de
Cachepur, et sut se montrer envers eux aussi intraitable que son
seigneur pouvait être bon.
Il fut alors
rapidement surnommé Lou Teignou (le Teigneux,
Tineosus), ce terme signifiant pauvre.
En effet, bien
qu'assimilé aux optimates de Cachepur, il n'en
demeurait pas moins un ancien ministerial, rusticus de
basse naissance. L'expression fut tout d'abord employée
par les proceres et divites qui lui devaient obéissance,
certainement par raillerie du fait de son origine servile et on
pense que c'est le seigneur de Combabreuilh qui se trouva à
l'origine de cela. Puis, le surnom fut bientôt repris par
l'ensemble des rusticos ayant eu à faire à
lui, tout simplement pour le sens péjoratif qu'il
véhiculait.
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