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GUILLAUME AIGRET, de COMBABREUILH

Bordarius,
sirviens,
decimus
.

Né libre, Guillaume Aigret (Vuilelmus acer) est l'un des fils d'une famille de paysans (borderii, agricolae, villanos) vivant et cultivant un bordage (borderia) tenue d'un miles ecclesiae vavasseur (vavassor) de l'Abbaye de Tonnay (Tauniacum) sur un manse ingénuile non loin d'Aigrefeuille (Acrifolium) en Aunis (Alniens). Outre les corvées (corveia, corvada) habituelles de labourer (arare), ensemencer (seminare), planter, lever et tailler (levadores et podadores) les vignes, porter les vendanges, et participer au guet (custodia), ses parents devaient s'acquitter d'un terrage (terragium) du quart (quartus) des récoltes et reverser l'équivalent d'un autre quart en monnaie (moneta) pour cens (censum) lorsque passait le voyer de leur seigneur. La vie était rude mais malgré tout, la famille du bordier (bordarius) vivait bien jusqu'au jour où, conséquence d'une querelle entre la seigneurie voisine et celle de Châtelaillon (Castellum alionis), la récolte fut ravagée, la borderie incendiée, et la famille de Guillaume-Aigret réduite à la misère. Le bordier tenta de porter directement l'affaire devant le prieur (prior), mais il ne reçu en retour qu'une exonération d'un mouton sur le cens (census) à venir. Afin de surmonter l'épreuve, sa famille dut céder le tiers de la vigne (vinea) qu'elle possédait en alleu (alaudium) contre une charité de trois sous (.III.solidos) et placer le plus jeune fils comme oblat (oblatus, donnatus) à l'abbaye de Saint Jean (Sanctus Joannis).

Plus âgé des fils, Guillaume Aigret décida de tenter sa chance ailleurs. Ayant entendu par des marchands (mercatores) de passage qu'il se trouvait des terres en friche (terra inculta) à coloniser plus loin en Saintonge (Xanctonge), en Périgord (Periguors) ou même en Gascogne (Vasconie), il prit la route un beau matin avec un des rustici de la borderie et furent bientôt rejoints à Tonnay (Tauniacum) par un vilain (villanus) qui se joignit à eux. Ils voyagèrent ensemble quelques mois, alternant les menus travaux journaliers en chemin, et leur pas les menèrent à un beau jour à Cachepur.
Là, on leur confirma que des tenures (tenura) étaient proposées un peu partout sous formes d'essarts (exartos, arbergamenta) à coloniser, mais que les plus intéressantes se trouvaient pour le moment être celles situées dans les bois (boscos) de Combabreuilh (Comba brolium), dans un fief (feù) forestier tenu par Ernauton que l'on disait cousin et l'un des principaux vassaux (fidelites, homines) du seigneur de Cachepur. Chaque mas (mansus) était en effet concédé avec des avantages sur les coutumes (consuetudines), notamment sur l'agrier (agreria) qui n'était dû qu'au dixième de la part de fruits.
La chose était tentante pour Guillaume Aigret aussi ne s'occupa-t-il pas de son compagnon tauniacais qui disait se souvenir avoir vu quelque part un des hommes du viguiers (vicarius)... Il y avait plutôt fort à faire pour défricher et aménager l'essart (artigua) qu'ils avaient acquis en pariage (pareatgium) pour quelques sous avant que ne survienne la mauvaise saison, qu'on disait plus froide par ici.



Cependant, les jours qui suivirent apportèrent un grand remue-ménage auquel Guillaume Aigret ne comprit rien.
Un viguier (vicarius) et ses servientes leur tombèrent dessus, les rossèrent et accusèrent de meurtre le vilain tauniacais qui les accompagnait, en leur extorquant au passage six deniers (.VI. deneros) à chacun en guise de caution.


Guillaume Aigret et son comparse furent relâchés et la caution confisquée. Le vilain quant à lui, fut jugé... et pendu.
Ils avaient reçu de nombreux avantages pour leur colonie (colonia), mais cette mésaventure les avait quelque peu effrayés et laissés sans le sou.
Paysans (agricolae), ils se savaient ici tout aussi vulnérables qu'ils ne l'étaient en Aunis (Alniense).

Ayant appris peu de temps après son arrivée que la châtellenie de Cachepur vivait une situation de crise et que les milites castri en place s'attachaient à exiger la corvée de militare servicium pour assurer la défense des frontières, Guillaume Aigret décida alors de suivre une autre voie.


Il céda en bail à fief son casal (casalus) à son pariarius et bénéficia ainsi d'une petite rente qui lui permit de s'équiper et de se faire engager comme custos parmi les clientes d'Ernauton.








Solide gaillard malgré une enfance souffreteuse qui lui avait valu son surnom d'Aigret (acer), il devint un des servientes de la tour de Combabreuihl, et parvint rapidement à gagner la confiance de son châtelain qui lui confia la dîmerie (decimarium) sur la paroisse (parrochia) de Combabreuilh, lui en cédant un quart pour celles concernant les agneaux, la laine et les porcs.



Fort de ce bénéfice de serjenterie (benefizium per serjentiam), Guillaume Aigret prit de l'importance comme dîmier (decimus, decimarius) et se mit alors à courtiser Aélis, la fille d'un des cabaliarii de la familia d'Ernauton dans l'espoir d'un avantageux mesmariage.

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