RETOUR / BACK

ERNAUTON, dit LO PAGUEMAU, dit PIED DE VIGNE,
CASTLAN de COMBABREUILH

Collibertus
miles castri
forestarius


Ernauton (Ernautonis) est le fils unique illégitime et non reconnu de l'oncle (avunculus) de En Renier et d'une coliberte (coliberta) des environs de Vésone (Vesunna), morte en couche en le mettant au monde. Bien que serf (homo de poesta) lui aussi par sa naissance, il n'en demeurait alors pas moins le seul enfant du seigneur de Cachepur et un héritier potentiel. Ce dernier le recueillit, ordonna qu'il devienne libre (homo francus), et le fit élever au château parmi la militia. Mais Ernauton fut très tôt méprisé par les autres juvenes de son âge, surtout par les optimates qui lui reprochèrent sa naissance, et rapidement il devint leur souffre douleur. Seul le jeune Renier (Rainerius) le considéra comme un cousin.
Le seigneur (domnus) de Cachepur vint à disparaître sans jamais avoir reconnu son bâtard (bastardus) ni fait de lui son héritier (amparator) et successeur (successor). Comme dans beaucoup de cas similaires, en l'absence de descendance reconnue, Cachepur revint donc de droit aux frères et soeur, les héritiers directs. Arguant que la mère de Mélissande était mariée avec un dives déjà chasés (casatus) par ailleurs, le père de Renier usa d'un droit de juvenieur au détriment de sa soeur ainée pour confisquer à son seul profit la châtellenie (castellania) et son dominium. Par la suite, il fit du seul et unique fils qui lui restait dans le siècle l'héritier de son fief (feodum) et de sa potestas car une tragédie lui avait enlevé les deux autres, l'un étant mort, l'autre s'étant fait moine (coenobitus).

Il bailla alors une rente (beneficium) à son "neveu" Ernauton afin de l'écarter, en lui cédant la moitié d'un fief de sergenterie (fevum de serjanteria), sirventage (sirventatgium) consistant en un servicium vegerie, équivalent de la voirie (vieria) d'une portion de bois (bosco) entourant quelques cornes et essarts (corni et exartos).

A la fin d'une adolescence livré à lui même, Ernauton était devenu un bellator accompli mais aux moeurs dissolues, et avait pris l'habitude de ravager les tavernes (tavernae) en causant rixes et pugilats à chacune de ses visites. Il fut sommé par le chapelain (capellanus) de l'église seigneuriale de Saint Fortunat (capella Sancti Fortunati) d'effectuer un pélerinage en Terre Sainte pour le salut de son père qui ne le pouvait plus... et pour le sien également... Le chapelain lui octroya une aumône de dix sous et huit deniers (.X. sols et VIII. denaros) prise en mortegage sur la serjenterie et sa foresta pour l'aider à partir. Chercha-t-on à l'écarter en se débarrassant de lui afin que sa présence ne cristallise pas une révolte des partisans de son père, nul ne le sut... Quoi qu'il en soit, le voyage commença par le tour des bouges de la région, et s'acheva lorsqu' Ernauton, crapulatus a vino, provoqua un rixe de trop. Ne pouvant plus payer l'amende, il se retrouva engeôlé.
Un revers du destin fit que Renier hérita peu après du domaine. Il rendit la liberté à celui qu'il avait toujours considéré comme son parent, lui conféra la chevalerie en le ceignant du baudrier (cingulum) et le gratifia un temps d'une charge de bouteiller (buticullarus) auprès de lui. Mais... le naturel turbulent et querelleur du bachelier (bacalarus) devint vite un sérieux handicap pour les projets politiques du nouveau seigneur de Cachepur, et les frasques de celui que les juvenes appelaient le Pied de Vigne (Pes vinae) devinrent une gêne pour son puissant parent.

Renier trouva un moyen simple d'éloigner son cousin de sa cour tout en se l'aliénant et en en ménageant son caractère ombrageux.
Sis non loin du bois que Ernauton tenait per serjantiam, se tenait la forêt encore sauvage de Combabreuilh (Comba brolium) sur laquelle Renier souhaitait gagner des terres cultivables (terrae arabile) en y accueillant des colons (coloni) .

En Renier exprima le besoin d'avoir là un forestarius, sorte de prévôt (praepositarius) forestier qui en assurerait la foresta en son nom.
Il regroupa donc ses principaux bois (bosci) sous un même districtus qu'il donna alors en fief (honor, fiù, fevum) à Ernauton, lui cédant la plupart des coutumes (consuetudines), dîmes (decima) , queste (questa), cens (censum), tasque (tasqua), mais aussi agrier (agreria), glandées, pacages et autres rentes qui y étaient attachées. Il le gratifia en outre du pouvoir (potestas) de districtio mais ne lui octroya que le droit de basse justice (causae minores) sur les colons (coloni) et hommes naturels (homines naturales) qu'ils fussent manants (manentes), vilains (vilani), serfs (homines de poeste, rustici, vernaculi) ou autres colliberti de sa terre.


On convint alors par contrat (convenientia, conventum) que le nouveau chatelain (castellanus) de Combabreuihl devrait honorer et s'acquitter du servitium militis sur une durée convenue à quarante jours par an quelque soit le lieu, de l'albergue (arberg, alberg, arbergamentum) pour le seigneur, ses ayant-droits, et leur suite jusqu'à douze hommes dont sept caballarii et cinq sirvientes, et de l'auxilium chaque fois que Renier le commanderait.

A la perspective de devenir presque chasé (miles casatus), Ernauton prêta hommage (hominium), et promit de respecter la parole donnée à son parent (consenguineus) en jurant sur les reliques de Saint Fortunat (Sanctus fortunatus)...

La seigneurie (senhoria) dont il eut la garde était principalement forestière mais comprenait ça et là quelques cornes (corni), essarts (essarti) et artigues (artiguas), semées de tenures (tenementa) paysannes émaillée de manses (mansura) serviles et ingénuiles.

Ernauton s'empressa de créer quelques franchises aux coutumes afin d'inciter les colons (colini) et les paysans (rustici, agricolae ) à se regrouper en un hameau autour d'un petit château de bois (castellio) flanqué d'une chapelle (capella) qu'on avait dédié à Saint Méard (Sent Meard). L'ensemble de la place était surmonté par une ancienne tour de guet (turis custodiae) abandonnée depuis longtemps, qu'il devrait entretenir et serait autorisé à fortifier.

Ernauton put recruter quelques servientes parmis ses paysans (rustici) et disposa sur les autres d'un droit d'arrière-ban en cas de danger pour Combabreuihl.

Mais le seigneur de Cachepur préféra ne pas laisser trop d'indépendance à son cousin et ne lui céda à dessein qu'une partie du dominium de Combabreuilh et ne le laissa bénéficier que d'un droit de ban limité.
Il lui imposa à demeure quelques milites baccalarii (non casati) qu'il lui savait dévoués, et qui resteraient à demeure à la tour pour aider Ernauton dans sa militia et qu'il aurait à solder sur ses propres revenus.


Ernauton entreprit donc de diriger ce qu'il se prit à considérer très bientôt comme sa seigneurie, se retrouvant par sa localisation, au coeur des conflits avec les Castelpeyrre ses voisins immédiats. Les limites de son domaine furent plusieurs fois ravagées au nom de quelque vengeance (marca) conduite par d'intrépides juvenes désireux de plaire à leur seigneurs Uc en tentant d'affaiblir Cachepur.

Jugeant à la longue les avantages et les revenus bien maigres au regard des inconvénients et des dépenses causées par cette situation frontalière, le châtelain de Combabreuilh (chastela de Combabreuilh) entreprit bien vite de récupérer ailleurs les revenus qu'il se devait de délaisser pour alléger les coutumes et ainsi attirer des colons. Il ordonna à ses officiers et sergents, prévots (prepositi), viguiers (vegerii, vicarii), voyer (vierii), dîmier (decimarii), péagier (pedagii), tonloyers (thelonarii), et messeguers (messegarii) de ne tolérer aucun délai dans les paiements.

Le Pied de Vigne prit ainsi l'habitude de se montrer avare (eschars) et de ne donner à ses milites que le strict nécessaire et ne fit-il pas souvent largesse. Ses caballarii, ses servientes et rapidement tous les villanos de Combabreuilh finirent alors par lui donner un autre surnom qu'il trouvèrent plus approprié: Paguemau, qui signifie "qui paie mal", radin...

Mais ses adversaires préférèrent évoquer son lignage incertain et l'agacer non sans risque en le nommant culvert...

Le Pied de Vigne en action...

Et les conséquences...

RETOUR / BACK