|
Donzellet, armiger, hostagium.
Fils
d'un miles du bas-Poitou mort du mal des ardents
avec le reste de sa famille sur le chemin de Saint-Jacques,
Enguerrand (Ingelranus, Enguerranus) fut recueilli et
adopté par Sanches-Eyquem (Sancie Achelmus),
seigneur de Calonges (dominus de Calongis) possédant
quelques alleux (alaudia) dispersés. Ayant en son
temps chevauché avec les Cachepurs dans l'ost ducale,
notamment vers l'Espagne, l'alleutier connaissait bien la famille
(parentella) de Renier. Des liens s'étaient alors
formés, et
les Cachepur, séparés de Calonges par deux ou trois
seigneuries, semblaient à Sanche-Eyquem assez proches pour
leur demander du secours en cas de besoin, mais également
suffisamment distants pour ne pas les voir convoiter ses terres.
Il reconnut donc leur supériorité sur la sienne,
puis on se jura fidélité et assistance mutuelle
qu'on ratifia par un contrat (conventum, convenientia). Le
seigneur de Calonges (senhor de Calonges) fit de l'oncle
puis du père de Renier les ballistres (bajulii)
de ses alleux si le donzellet qu'il avait recueilli venait
à hériter avant sa majorité, s'assurant
doublement de leur protection (auxilium). Lorsqu'il fut
assez âgé, le jeune Enguerrand fut naturellement
envoyé à Cachepur contre une rente annuelle de
vingt sous (.XX.solidos) afin qu'il s'aguerrisse en y
apprenant le maniement des armes, excelle dans la chasse, mais
aussi pour qu'il y apprenne les déduits de cour... pour
peut être un jour faire un mesmariage avec une riche
héritière.
|

|
|

|
Chose fut ainsi faite et de longues années
durant, le puer suivit un dur entraînement
quotidien... Le temps vint où Cachepur changea de maître
(dominus). Lorsque le seigneur de Calonges voulut
renouveler le serment d'entraide mutuelle, Cachepur fit alors la
sourde oreille. L'alleutier vieillissant, redoutant de voir son
domaine annexé, ou simplement ravagé par quelque
seigneur ambitieux comme son dangereux voisin Uc, se décida
à céder son alleu pour le récupérer
en reprise (feodum oblatum).
En Renier,
qui bien évidement n'attendait que cela, accepta, mais
imposa en plus quelques conditions... Il décréta
que les seigneurs de Calonges lui devraient perpétuellement
une escorte (comitatus, satellis) composée d'un
cavaler et deux sirvientes sur vingt lieues autour
de leur fief (fevum). Il imposa en plus un montant de
douze sous (.XII. sols) l'an comme oblies (obliae)
ainsi qu'une
esporle d’une lance ou d’une paire de gants blancs à
mutation de seigneur (in mutatione domini sporlam lancea aut
ciroteca alba) et
l'on fixa un relief (rachetum) à cinquante
sous (.L. solidos) lorsque Enguerrand viendrait à
hériter. Enfin, pour s'assurer de la fidélité
de son nouvel homme en sa clientèle devant cette
nouvelle contrainte, il imposa que son beau-fils (filiaster)
Enguerrand devrait rester à Cachepur en tant qu'otage
libre, et s'acquitter d'un service armé (servitium
militis) de garde (custodia), là où
Renier le déciderait.
On rédigea alors un
nouveau contrat (convenientia) et on jura sur une châsse.
Rassuré, le vieil alleutier déguerpit (guerpivit)
en faveur du seigneur de Cachepur. Il lui prêta hommage
(hommagium) et reçut l'investiture (investitura)
de la seigneurie foncière qu'il possédait autrefois
en propre.
|
|
Les années passant, Enguerrand fut tour à
tour utilisé comme sirviens puis donzet à
diverses tâches ingrates et subalternes.
Puis, en
Renier le jugea assez fort pour en faire un armiger et
lui confia alors divers services temporaires d'estage
(custodia) à la tête de vavasseurerie
(vavassoriae) ou de sergenterie (serjentaria) sous
le commandement de son viguier (vicarius), alors sénéchal
(dapifer) de son ban (bannus).
Enguerrand
désirait revenir voir sa famille et sa terre d'adoption
qu'il n'avait plus revues depuis des années. Aussi, se
montra-t-il de plus en plus impatient de voir arriver enfin le
jour où Renier lui ceindrait le baudrier (cingulum
militia) et lui administrerait la colée,
faisant de lui un caballarius.
|

|
|

|
Renier, ne craignait pas que Calonges se retourne
contre lui. Enguerrand avait passé trop de temps à
Cachepur pour cela... Du moins en était-il convaincu. Mais
il souhaita le conserver encore un peu comme otage libre
(hostagium), et sachant qu'un juvenis aurait
tendance à se sentir pousser des ailes, il ne se montra
pas pressé d'initier une telle cérémonie.
Il chargea son viguier (vicarius) d'enseigner la
patience au donzellet...
|