|
ALFREDUS,
CHAPELAIN DE CACHEPUR
|
|
Oblatus, frater cluniacencis ortolanus,
capellanus.
Alfred (Alfredus)
est un ancien oblat (oblatus, donatus) retrouvé
devant le porche d'un petit prieuré bénédictin
(prioratus benedictanus) d'obédience clunisienne
situé sur les terres des Cachepurs. Il fut découvert
par un garde (custos) alors qui effectuait sa ronde et fut
apporté au portier (portarius). On supposa alors
qu'il avait été confié à la
protection des moines (monachi) pour être soustrait
à la misère du monde, comme c'était souvent
le cas pour ceux, innermes, incapables de nourrir une
famille trop nombreuse au regard des ressources à leur
disposition. Situé en contrebas du bourg (burgus)
du château (castrum), le prieuré de Notre
Dame de la Sauveté (prioratus de Beata Maria de
Salvitale), récemment fondé par le grand père
de Renier, était relativement aisé. Il comptait en
franc alleu (francum allodium) des terres (terrae),
des vignes (vineas), des moulins (molendina,
farinarii), de nombreux ténéments (tenementa)
et manses cultivés (mansi vestiti), plusieurs
borderies (borderias) et les revenus de nombreuses
coutumes (consuetudines), dont bien entendu, celles du
bourg qu'on voulait voir se développer. La communauté
bénéficiait ainsi de libertés assorties de
la protection de la seigneurie de Cachepur, qui par ailleurs lui
faisait régulièrement d'importantes donations.
|

|
|

|
L'obédiencier (obedientiarius, prior
simplex) dirigeant la communauté y vit là une
manifestation de la volonté divine et décida alors
de le recueillir. Le subprieur (subprior) le confia
alors à un de leurs serfs (rusticus, ancilla) et sa
famille, à qui l'on donna en contrepartie, la moitié
d'un manse (mansus) à proximité, et
annuellement le douxième du cens (census) et le
quart d'un mouton. Alfredus passa son enfance aux travaux des
champs tout en recevant son instruction directement des moines. A
l'adolescence (adulescentia), il entra au prieuré
sans que ses parents adoptifs n'aient à verser de
dédommagement au au cellérier (celerarius)
autre que la restitution des bénéfices (benefizi)
.
|
|
Il fut placé sous l'autorité d'un
maître (magister novitiorium), et après le
temps de noviciat (novitiatus) relativement court alors en
vigueur à l'ordre, on lui laissa le choix de se prononcer
sur son engagement. Or, Alfred
ayant passé son enfance au dehors, ne souhaitait pas
s'enfermer dans un cloître. Il renonça pour un temps
du moins pour courir le monde. Il réussit à entrer
comme archer (arcbalestrier), sirviens dans la
militia d'un vavasseur (valvassor), qui s'était
déclaré miles ecclesiae du prieuré.
Alfred demeura ainsi plusieurs années. Vêtu d'une
broigne (breine), il participa comme pedes à
plusieurs chevauchées (cavalcatas) contre d'autres
seigneuries. Il accompagna également son seigneur (sehnor)
et sa dame (dauna) en pèlerinage à
Compostelle, loin au dela du Port de Cize (Portus ciserae),
où d'ailleurs ils se distingua en combattant une bande de
basques (bosclos) venus les détrousser. Puis, les
années passant, Alfred fut làs du monde et décida
d'honorer sa promesse d'autrefois. Il revint au prieuré et
prononça ses voeux d'obéissance, de pauvreté
et de chasteté. Il troqua la broigne (breine)
contre l'habit noir (vestura negra), reçut
la tonsure en corona spinea, et devint moine à son
tour.
Le prieur lui ordonna de s'occuper particulièrement
du jardin (hortus) et de l'herborarium, d'en
surperviser la production et la récolte, et d'assurer la
vente du surplus. En dehors des très nombreuses heures de
prières quotidiennes, Alfredus, ainsi devenu ortolan
(ortolanus), s'acquitta de cette tâche qui lui prit
la plupart de son temps et lui permit de sortir de la proximité
du couvent parfois plusieurs jours consécutifs et de
connaître ainsi le monde.
|

|
|

|
C'est alors qu'arriva le temps où la
châtellenie Cachepur (castellania de Cachepur)
connut des heures sombres auxquelles nul ne put se soustraire des
années durant. Aidés de leurs vassaux (homines),
les deux seigneurs se livrèrent à des exactions
contre leur possessions respectives qui ne laissèrent
personne à l'abri, pas même les moines. Néanmoins,
ces derniers s'efforcèrent de ne prendre parti, reprochant
d'ailleurs également à chacun des deux frères
d'imposer des mauvaises coutumes à leur paysans (rustici,
villani), et de s'approprier abusivement des dîmes qui
leur revenaient de droit. Malgrès cela, il furent eux
même rançonnés à plusieurs reprise
avec brutalité par les agents seigneuriaux en dépit
du caractère souverain de leur maison vis à vis de
Cachepur. On n'entrevoyait aucune issue sinon d'en appeler à
l'Evêque lorsque l'aîné des deux seigneurs
succomba lors d'une chevauchée (chalvagada, equitatum)
de trop. Son frère cadet, le père de Renier, fut
alors investi de la seigneurie (dominium) dans son entier
et s'attacha à mettre tous ses vassaux au pas. Les
conflits cessèrent bientôt.
Lorsqu' usé
par les querelles et les années, le vieux chapelain
(capellanus) seigneurial mourut, le prieur y trouva là
un moyen qui lui permettrait de bénéficier d'un
appuis certain pour les biens de son prieuré. Il
s'entendit avec le père de Renier pour enrayer toute
tentative de l'évêque (episcopus) ou d'un
quelconque représentant de l'église séculière
de dépêcher un prêtre (presbiter) ou un
chanoine (canonicus) et proposa un de ses moines pour
servir d'officiant à la chapelle seigneuriale (capella).
Cet arrangement bénéficiait bien entendu aux
deux parties, bien que ce procédé était
défendu par le chapitre cathédral qui s'appliquait
à se faire le relais de la réforme à son
grand bénéfice.
Alfredus avait vécu
quelques années comme sirviens dans le monde, et il
avait depuis maintes fois participé et même conduit
des coups de main contre les convers et même les moines
cisterciens (conversi et monachi cisterciensis) du prieuré
voisin de Sainte Mère de Dieu (Sancta Dei Genitrix).
Ces derniers étaient soupçonnés par son
prieur de chercher à implanter une communauté de
moines blancs qui ruinerait leur commerces, ou même
contre des viguiers et prévôts peu scrupuleux qui
cherchaient à gagner des deniers au détriment des
bénéfices du prieuré. Alfredus possédant
l'expérience du dehors, le prieur le juga être le
plus à même parmi ses moines à tenir les
intérêts de sa communauté au coeur même
des décisions de la seigneurie voisine.
|
|
Alfredus reçut les sacrements pour devenir prêtre
(presbiter, sacerdos) et fut ainsi mandaté pour
devenir le custos ecclesiae du seigneur de Cachepur. Pour
la charge de son office, il bénéficia alors de la
dîme (decima) des bénéfices (benefizi)
de la chapelle (capella) seigneuriale dédiée
à édié à Saint
Fortunat (capella Sancti Fortunati). En tant que
chapelain (capellanus), il servit également de
précepteur (magister) aux enfants (pueri) et
aux adolescents (adulescentes) de la familia qu'il
put ainsi mieux connaître et dont il parvint à se
faire entendre. Pour le malheur de la lignée (linatge,
genus), le plus jeune des fils du seigneur succomba alors
qu'il s'exerçait à la lance avec les autres
armigeri, et l'aîné se sentant coupable
d'avoir porté l'estoc mortel, décida de se retirer
du siècle et devoir expier en priant pour le salut de son
âme et le repos de celle de son frère. Le coup
fut dur pour la châtellenie, mais il restait Renier
(Rainerius) qui fut bientôt nommé unique
successeur.
|

|
|

|
Quelques mois après, le seigneur de Cachepur
intercéda auprès de la congrégation afin que
son fils aîné en soit élu prieur, moyennant
une importante aumône. Deux frères d'un même
lignage (linatge, prosapia) chacun seigneur à sa
façon, le cadet protégeant dans le siècle
son aîné dans le Christ qui prierait pour lui... En
bon Clunisien, Alfredus y vit un signe éclatant de Notre
Dame (Beata Maria) pour la prospérité du
prieuré et entreprit d'ignorer les admonestations lancées
contre eux depuis l'évêché et ses légats
(legati) pour se consacrer avec plus d'ardeur à son
ministère. Tout en continuant sa formation, le jeune
Renier fut associé de plus près au pouvoir
seigneurial et Alfredus put alors discerner en lui un futur
dominus qui réunirait Cachepur. Mais il soupçonna
aussi en Ernauton, le cousin bâtard (cognatus
bastardus), une source d'ennuis futurs, craignant que ce
dernier ne serve involontairement de prétexte à une
révolte pour les quelques vassaux qui n'étaient pas
encore à ce jour totalement matés et pensaient
remettre au pouvoir la lignée aînée. Ne
souhaitant pas revive la situation passée, Alfredus décida
d'intervenir. Sur son conseil, le seigneur de Cachepur éloigna
son "neveu" en l'envoyant s'occuper d'une portion de
bois concédée en serjenterie (per
serjentiam) juste avant qu'il ne reçoive le cingulum
militia, Tout allait pour le mieux lorsqu'on lui rapporta
quelques temps plus tard qu' Ernauton avait réapparu,
écumant les tavernes de Cachepur. Alfredus crut alors,
peut être à tord il est vrai, qu'il fomentait une
rébellion, aussi l'enjoignit-il d'effectuer un voyage en
Terre Sainte rejoindre la Militia Dei pour le salut de son
âme et celle de son défunt supposé père.
Il lui donna même pour son voyage une aumône de dix
sous et huit deniers (.X. sols et VIII. denaros) qu'il
prît sur les revenus de la dîme de la paroisse
(parrochia) contre les bénéfices de la
foresta en mortegage.
|
|
Mais le pèlerinage ne dura guère et
le Pied de Vigne fut arrêté quelques lieues
alors que gorgé de vin (crapulatus a vino), il
causait un rixe dans une taverne. Là encore, Alfredus
intercéda pour qu'on le mette en geôle et n'eut
aucun mal à convaincre son seigneur de l'y laisser croupir
sans plus de procès. Le jour arriva où Renier
hérita et fut investi à son tour de la châtellenie
de Cachepur comme son père avant lui. Il émit le
souhait auprès de son frère prieur de pouvoir
conserver Alfredus comme chapelain, et ce dernier demeura donc à
la capella. Mais en Renier ordonna également
qu'on libère son cousin bâtard (cognatus
bastardus) auquel il conféra la chevalerie et confia
la garde d'une petite seigneurie (senhoria)
forestière. Cachepur était encore en proie à
de vives tension internes, mais Renier sut d'emblée tenir
son domaine, notamment en contrecarrant les plans des partisans
de la lignée d'Ernauton en s'attachant les services d'un
nouveau viguier qu'il par maria même avec sa cousine. Même
si ce dernier pouvait désormais légitimement
revendiquer Cachepur au nom de sa femme, Alfredus fut néanmoins
rassuré de constater l'équilibre politique auquel
le nouveau seigneur était arrivé. Alfredus
pensa ne devoir plus s'occuper que des affaires spirituelles de
sa paroisse (parrochia) et ne donner son conseil
(consillium) à Renier que lorsqu'il le lui
demanderait, jusqu'au moment où un soucis des plus
importants s'imposa à ses yeux: Dom Uc, le seigneur
et châtelain de Castelpeyrre reprochait à Renier le
faste de sa cour, et aux moines de son prieuré les
multiples entorses aux règles prescrites par la réforme.
Prétextes évident de la part d'un seigneur qui
convoitait Cachepur... il n'en demeura pas moins que les tensions
avec Castelpeyrre se transformaient en escarmouches de plus en
plus fréquentes, et menaçaient d'évoluer en
véritable guerre. Alfredus recommença à
intervenir dans les affaires de la seigneurie en conseillant
activement Renier Sanzaber.
|

|