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AENOR, DE LA LANDE LÈS BROUES

Genera nobile,
relicta,
domna.



Aenor (Aenordis) est la fille d'une parente éloignée des seigneurs de Cachepurs mariée à un miles d'Oléron (Insula Holero), possédant en alleu (allodium) quelques manses défrichées (exarti, arbergamenta) sur les forêts en marge des grands domaines. Ce dernier, cherchant à contracter des alliances fructueuses autour de lui, réussit à marier sa fille à un petit chatelain (castellanus) du continent. Bien que d'importance modeste et situé sur des marais (marisci), le domaine était néanmoins relativement indépendant et rapportait des revenus non négligeables grâces aux tonlieux (thelonea) pris sur les transports de sel qui devaient le traverser pour aller aux salines (salinae, velulae) avoisinantes.
Aenor devint ainsi maîtresse du petit château (castellum) des Landes lès Broues (castellania de Landae proxima broatgae), et s'attacha à seconder son seigneur et mari dans la gestion de son domaine.
Malheureusement, alors qu'ils se rendaient sur l'île pour ses affaires et franchissaient le courreau par gros temps, le châtelain passa par dessus bord et disparu dans le pertuis.

Dauna Aenor dut alors prendre seule la tête du domaine.
Mais elle était encore jeune, et se trouvait de ce fait dans une situation difficile. Elle pouvait être à tout moment la proie d'un prétendant qui pouvait fort bien mettre le siège à son château et l'obliger à se marier pour pouvoir substituer sa propre progéniture à celle de son prédécesseur, et du même coup s'emparer du fief (fevum) en évinçant les héritiers (amparatores) légitimes.

Dès qu'il apprit la tragédie, en Renier Sanzaber prétexta devoir conseil (consillium) et aide (auxilium) à sa parente (consanguinea) et dépêcha une expédition (cavalcata) afin d'affirmer leur liens de parenté.
Il parvint à la convaincre de laisser venir à Cachepur son fils aîné (primus genitus) et héritier (amparator) désigné, afin qu'il suive à son château (castrum) un apprentissage qui en ferait un miles preux et droit comme son père.
L'héritier étant encore bien jeune, Renier trouva ainsi grâce à cet otage (hostagium) le moyen de rattacher durablement cette seigneurie à sa propre clientèle.

Il prétendit également laisser auprès de sa parente, un de ses custodes castri comme tuteur (balium), solides milites à qui il laisserait bien entendu quelques caballarii et servientes à qui il confierait la garde (custodia) du château.
Mais Aenor ne fut pas dupe. Elle n'accepta d'entrer en la clientèle de Renier qu'à la condition de gérer seule son fief (fevum) pour ses enfants et en leur nom jusqu'à la majorité de son fils aîné. Elle refusa donc le tuteur.
Trop heureux déjà d'avoir réussi à obtenir un accord (convenientia) en échange d'avantages sur les transport de sel en direction de Cachepur, et d'avoir ainsi un pied-à-terre sur la côte, Renier accepta le compromis de ne laisser que quatre cavaliers (caballari) et cinq sergents (servientes) à demeure.
Aenor demeura donc aux Landes lès Broues et administra son fief (fevum) avec efficacité. Le domaine prospérant, elle y tint une petite cour d'une certaine érudition. Elle accueilli nombre de jongleurs (joculares) et parfois même quelques troubadours (trobadores) qui s'arrêtaient volontiers au château. C'est ainsi qu'elle reçut un jour la visite d'un jongleur (jocularis) du nom de Clarin qu'elle se surprit à aimer voir revenir régulièrement.

Seulement, les seigneurs de castelpeyrre commerçaient depuis longtemps avec les salins de la régions et En Uc (Hugo) eut vent de son veuvage...

Devant la possibilité de contrôler les chargements de sel destinés à son ennemi, il envoya à son tour un émissaire auprès d'Aenor proposer un remariage avec l'un de ses vassaux (homines fidelites), tout en offrant lui aussi des garanties pour ses héritiers... L'entrevue se serait bien passée si les milites laissés par Renier n'avaient bouté et battu les émissaires de Uc à la sortie du château...

Aenor comprit que par cet acte, sa seigneurie allait devoir entrer dans l'éternel conflit entre les Cachepur et les Castelpeyrre. Elle décida alors de fuir avec ses enfants et demanda aide et secours (auxillium) en se mettant à l'abri chez son parent. Elle se déguisa en pèlerine partit donc discrètement avec une escorte réduite.

Lorsque en Renier la vit arriver ainsi aux abois, il flaira l'aubaine apportée par cette otage venue d'elle même se livrer à lui. Il exigea d'elle une reconnaissance contre l'aide (militare auxlilium) qu'il pourrait lui apporter et on inscrivit les détails de l'accord passé par une convenientia. A partir de ce moment, Renier s'arrogea de la seigneurie (dominium) du domaine de sa cousine. Il s'évertua alors à l'empêcher habilement de s'en retourner chez elle, arguant d'une attaque imminente de son ennemi et du danger que cela pouvait représenter pour ses enfants.

Bien que conviée auprès de la compagnie de na Judith, Aenor se languissait à Cachepur. Jusqu'au jour où elle aperçut à la cour (curtis) de Renier, une bande d'amuseurs parmi lesquels elle crût reconnaître Clarin...

 



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