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ADELAIDE, dite AELIS

villana,
donzella,
moller sirvienti.

Adelaide, surnommée Aélis (Adeaydis, cognomenta Aelix) est né à Cachepur, dans une famille de servientes vivant libres dans le bourg (burgus) au pied des murs d'enceinte.
Sa mère travaillait comme chambrière (cameraria) pour la femme (moller) d'un des principaux cavaiers (primi milites) de Cachepur et son père était serviens plus particulièrement chargé du guet et affecté aux tonlieux (thelonea) de la laine et des moutons (multones).
De revenus modestes, sa famille (parentela) vivait néanmoins bien sur une petite tenure (tenura) baillée en censive pour six deniers (.VII. denarii) et trois poules (galinas), malgré les querelles incessantes qui animait les deux seigneurs pour le dominium de la châtellenie (castlania).
Dans l'escalade de leurs dissensions, les deux frères ennemis avaient levé chacun leur troupes (exercitus), et son père s'était retrouvé enrôlé dans la militia de l'aîné des deux, participant parfois à de véritables batailles rangées dans les faubourgs (suburbs) de Cachepur lors de ses patrouilles.
Aélis passa donc son enfance à craindre de rencontrer des sirvientes adverses au hasard des détours des ruelles.

Au fil des années, les razzias sur les possessions adverses semblaient s'être atténuées, à moins qu'on s'y fut habitué... Mais la vigilance de chacun des deux seigneurs ne s'en trouvait aucunement diminuée, chacun cherchant bien entendu à affirmer ses droit (dreitz) par l'application de ses prérogatives au moyens d'exactions (exactiones) accrues. On semblait cependant être arrivé à une paix armée...



Cette situation durait depuis un bon moment lorsque le père d'Aélis dut repartir en chevauchée (cavalcata). Le détachement était réduit aussi pensa-t-on, entre milites, que le seigneur (domnus) allait vraissemblablement impressionner quelque milites castri ou autres petit vassaux (fidelites) rebelles. Suivant à l'arrière avec les autres pedites, il vit que son seigneur avait emmené Ernauton, un armiger qu'on disait peut être son bâtard (bastardus) et sur qui chacun ici comptait pour poursuivre la lignée (genus).
Malheureusement, au terme d'une marche forcée, la militia tomba dans une embuscade au coeur d'un bois (boscus) pourtant réputé sûr. Cavalers (caballarii) et servientes (pedites) de l'escorte (comitatus) refluèrent à l'arrière-garde pour porter secours à leur seigneur mais ce dernier fut touché de plusieurs traits et mourut en selle.
Voyant que Ernauton était lui aussi pris pour cible par les archers (sagitarii, balistarii), le père d'Aélis se précipita vers lui et lui sauva la vie en le protégeant in extremis de son écu. Leur coup en partie réussi, les assaillant disparurent dans les bois.Devant ce désastre, les milites de l'escorte se regroupèrent et ramenèrent leur seigneur à la chapelle castrale (capella) de Saint Fortunat (Sanctus Fortunatus). On ne sut jamais qui avait perpétré ce crime, car tous les Cachepur montrèrent une grande affliction, surtout l'autre seigneur et l'on n'avait pas entendu parler des Castelpeyrre depuis longtemps.
Quoi qu'il en soit, Cachepur ne comptait plus désormais qu'un seul seigneur.
On n'entendit bientôt plus parler du jeune Ernauton. Des ragots circulaient comme quoi il serait partis accomplir son pèlerinage en Terre Sainte, d'autres disaient qu'un lébérou l'avait emporté, d'autres qu'il s'était noyé dans un tonneau de vin... Aélis en fut attristée, car de plusieurs années son aîné, il représentait pour elle un modèle de courtoisie (Aélis était jeune et ne savait pas) et elle aurait aimé qu'il la regarde.


Mais le pire arriva lorsqu'elle vit arriver un jour son père qui leur ordonna à elle et sa mère de s'enfuir chez des voisins un peu plus loin et de ne pas sortir de sitôt, car de graves événements risquaient de se produire bientôt...
Sitôt fait, elle apprit quelques jours plus tard l'arrestation de son père suite à une accusation d'avoir détourné à son compte le produit de la collecte du tonlieu (thelonea) dont il avait la charge. Sa mère s'acquitta des droits de justice (freda, districtio fidejussorum) et se présenta devant le plaid (placita) dans l'espoir d'obtenir gain de cause. Mais elle ne put rien faire, et se trouva satisfaite de pouvoir conserver son travail qui leur apportait un revenu (beneficium) à peine suffisant pour survivre.



C'est alors qu'un nouveau seigneur hérita de Cachepur. Devant stabiliser son dominium et s'attacher la fidélité de quelques vassaux (fidelites), Renier (Rainerius) sut se montrer plus conciliant que ses aïeux (atavi) et beaucoup de libéralités furent de ce fait accordées.
On vit alors réapparaître Ernauton, qui bénéficia de la garde d'un petit château (castellum) un peu au sud et de la foresta d'une seigneurie(senhoria) foncière tout autour. Se souvenant de sa dette, le nouveau châtelain (castlan) intercéda auprès de son cousin pour obtenir la liberté du sirviens qui l'avait sauvé autrefois, et le demanda pour lui comme cavaler dans sa militia. Contre l'avis de son chapelain (capellanus), Renier accepta.



Aussitôt libéré et soigné, le père d'Aélis quitta donc les ruelles de Cachepur et partit s'installer avec sa famille (parentella) à Combabreuilh (Comba brolium), au pied d'une tour (turis) en bois surplombant quelques tenures (tenementa) s'agglutinant autour d'une petite église (altaria) dédiée à Saint Méard (Sent Meard).
La seigneurie était pauvre, mais ayant reçu le cingulum militia et les deux éperons (sperona) des caballarii, le père d'Aélis put habiter proche de l'habitation du châtelain (castlan). Le forestier (forestarius, forester) se félicita de la présence d'un vieux guerrier (guerrerius) expérimenté à ses côtés, car le père d'Aélis s'avéra d'une aide précieuse au quotidien. Aussi, Ernauton en fit-il son homme (homo fidelis) contra omnes.
La jeune Aélis fut alors pendant un temps envoyée au château de Cachepur (castrum de Cachepur) pour y suivre auprès de la cour de Judith l'éducation de jeunes filles de qualité (donzellas, senhoritas). Elle se mit alors à espérer devenir l'épouse d'Ernauton. Mais ce dernier avait d'autres ambitions qu'il espérait concrétiser avec l'héritière de quelque puissant seigneur voisin, aussi réservait-il Aélis pour une alliance qui pourrait l'avantager autre part...


Aélis dut se résoudre ne jamais être dauna de Combabreuilh. Il arriva entre temps que des colons se présentèrent comme venant du pays d'Aunis (pago alniense), et que l'un d'entre eux devint par le hasard des choses cliens à demeure par ici. Le père d'Aélis remarqua bien qu'un des servientes observait sa fille plus qu'il ne l'aurait dû lorsqu'elle se promenait hors du bayle mais il n'en fit pas plus de cas que cela... Or, l'ancien colon (colonus) obtint un jour le quart de la dîmerie (decimarium) de San Meart et se mit à la fréquenter plus assidûment.




Aélis demanda alors à son père d'accepter la demande de Guillaume-Aigret. Le vieux cavaler prit conseil auprés d'Ernauton qu'il considérait toujours comme son seigneur légitime. Le châtelain autorisa le mesmariage et concéda même en serjenterie (per serjehenteriam) le tiers de la dîme pour la pêcherie et pour le tonlieu du poisson (pisces).
Aélis continua à se rendre de temps en temps à Cachepur, mais elle s'occupa surtout comme tenancière (mansuaria) du manse (mansus) qu'ils occupaient pour un cens (census) de IV deniers (.IV.denaros), gérant sa maisonnée et le travail des deux serfs (ancilla, ruricola) qui y vivaient.

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