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L'Ost de Montjoie
Reconstruction d'une
"haute selle de guerre"


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On pense que la technique de combat dite à la lance couchée est apparue vers la fin du XIème siècle, peut être dans les vingt dernières années. Auparavant, la lance était utilisée comme une pique ou comme un javelot.


Pièce de l'époque Roger I de Sicile, fin XI°s

A compter de cette date, on remarquera dans l'iconographie une augmentation croissante de la fréquence d'utilisation de la lance la hampe coincée sous l'aisselle et tenue de façon assez excentrée vers l'arrière. Le cavalier, la lance, et le cheval ne font plus qu'un, produisant désormais un impact d'une puissance colossale.
Cette nouvelle escrime a demandé un nouveau positionnement, ce qui a semble-t-il induit des variations dans la morphologie des selles de combat.


Eglise de Modena, Italie, début XII°s

On remarquera la position haute de la lance, tenue au dessus de l'épaule .

 

Ce miles tient sa lance couchée

Durant le second quart du XIIème siècle (c.1110 - 1140), peut être très légèrement avant (à vérifier), apparaît donc dans l'iconographie une selle d'allure différente de la selle "normande" jusque là très répandue. Mais c'est vers les années 1150 que ce nouveau siège se répand.
Les selles deviennent plus enveloppantes, sont posées haut sur le garrot du cheval. Les étrivièves sont longues et très en avant. Cela nécessite d'adopter une monte avec les jambes presques tendues vers l'avant. La monte civile calquera ses position sur la nouvelle monte militaire.



Mozaïque de l'Abbatiale Saint-Philibert de Tournus, Saône-et-Loire, c.1110-1140

 

 

Une des premières représentations de la haute selle.

La selle "normande", ancienne, possède un pommeau et un troussequin verticaux et incurvés vers l'avant. La nouvelle selle possède un pommeau et un troussequin plus droits mais également plus incurvés dans le sens vertival. Des variations apparaissent quand à la découpe droite ou incurvée comme pour notre modèle.
Cette nouvelle selle ne détrônera pas pour autant l'ancienne selle, du moins pas partout.
On assiste à la fin du XIème siècle et au début du XIIème, à de fugaces représentation de selles aux sièges droits ou arrondis, soit plats (cf. la selle de Charavine), soit concave vers l'avant et peu enveloppants. Parfois même, ces selles nouvelles cohabitent avec les anciennes de type normand. Plus rarement, on assiste à des hybrides avec troussequins modernes et pommeau normands...
Par la suite, les anciennes selles continue d'être représentées, bien qu'en règle générale, les milites up-to-date (à la mode, quoi...) lui préféreront ce nouveau modèle et seront donc représentés quasiment universellement avec.


Dijon - BM - ms. 0173, Moralia in Job Gregorius, 1°Tiers XII°s, f.174


Saint Alban Psalter, UK, 1120, p072-1 (vue)


Tours - BM - ms. 0291, Tract. in Evang. Johannis Augustinus, début XII°s, f.082 - (vue)


Saint Alban Psalter, UK, 1120, p.024 (vue)

Sur ces deux selle de types anciens, on peut se demander si le pommeau et le troussequin sont bien ourlés, ou si l'enlumineur n'aurai pas simplement tenté avec plu sou moins de succès de représenter une incurvation du siège...

Selle à pommeau et troussequin verticaux et plans.


Ici on remarque une selle hybride avec un pommeau ancien de type normand, couplé à un troussequin plus moderne, concave mais au bords verticaux.

Durant la seconde moitié du siècle, les anciennes selles continuent d'être assez fortement représentées, bien qu'en règle générale, les milites up-to-date (à la mode, quoi...) lui préféreront quasiment universellement le nouveau modèle.


Cathedrale Montreale Sicile , c.1172-1189 - (vue)


The Hague, KB, 76 F 13, Fecamp, 1180, fol.5v


Arles, église Saint Trophime, c.1170 - (vue)


Codex Calixtinus, Espagne, fin XII°s - (vue)

Selle à troussequin aux bords verticaux et (semble-t-il), concave vers l'avant..

Là encore, on peut se demander si cet ourlé ne serait pas une tentative de l'enlumineur pour représenter la concavité du siège...

Pommeau et troussequin sont ici concaves ver sl'avant, verticaux vu de côté, et aux bords arrondis vu de face.

Selle de type normand, pourtant daté de la fin du siècle.

Représentée assez souvent dans des couleur "naturelle" de beige (cuir, bois), cette selle se parera rapidement des couleurs portées par le miles qui l'utilise, notamment lors des tournois. A mesure que le siècle avance, cette habitude gagnera l'ensemble de la classe dirigeante semble-t-il.


Hortus deliciarum, Alsace, 1170 -1190 - (vue)


Copenhagen Psalter, England, 1175-1200, fol.10v - (vue)


Hortus deliciarum, Alsace, 1170 -1190 - combat de josue - (vue)


Paris, Bibl. Ste Geneviève, ms. 0010, Champagne, 1185 à 1195, f. 003v - (vue)

Sur ces selles, on voit très nettement la forme caractéristique que la selle prendra à la fin du siècle et conservera le siècle suivant: Le pommeau et le troussequin sont concaves et très enveloppants, et présentent des "oreilles" à leur bord supérieurs.


BnF Département des manuscrits Lat. 15675, 1180, f.4 (vue)


Bible de St Bertin, 1185, fol. 1r sc. 2 - (vue)


SteRadegonde, fresque, c.1175 - Aliénor en exil - (vue)


Détail de coffre, trésor de la Cathédrale de Vannes, c.1180 - (vue)

Sur ces selles, on voit très nettement que seuls dépassent du tapis le pommeau et le troussequin, et que ces derniers sont peints aux couleurs du miles. Mais également, ce détail existe pour le spersonnages civils (cf. Aliénor en exil).

On remarquera sur toutes ces sources, la quasi systématisaton de la bricole.
La croupière est plus rare.

Concernant la décoration:
Voici un passage d'un manuel "édité" entre 1170 et 1180 à l'intention de jeunes nobliaux en mal de courtoisie.

Arnaut-Guilhem de Marsan "Qui compte vol apprendre"
in Lacurne de Ste Palaye, Histoire littéraire des Troubadours, ed.1774, t.III, pp65-68.

"Biau Chevalier, noble, courtois et preux, si vous êtes en tournoi, que votre heaume et votre haubert soinet fort et double; ayez bonne chausses d'acier à vos jambes et bonne épée à la ceinture. Ouvrez à votre cheval, par des coups redoublés, la route qu'il doit tenir, et que son poitrail soit garni de grelots ou de sonnettes bien rangées, car ces sonnettes éveillent merveilleusement bien le courage de celui qui le monte. Enfin, montrez vous le premier à la charge et le dernier à la retraite: c'est le devoir de quiconque suit la banière d'amour." ".../... Ayiez un bon cheval, léger à la course, facile à manier, et menez le continuellment. Que vos armes soient riches et belles; que votre lance, votre écu et votre cuirasse qu'on connoît (on mettoît dessus les armoiries), soient bien éprouvés; que votre cheval soit bien équipé de selle, de bride et de poitrail; que la trousse et la selle soit de même couleur que votre écu et la banderolle de votre lance. Ayez un roucin de bât pour porter une armure de rechange. Je vous dirai pourquoi je vous recommande toutes ces choses: C'est que si vous ne les avez pas préparées d'avance et mises en ordre, à la première injure qu'on vous fera, à la première guerre qui vous surviendra, vous serez obligé de les chercher avec précipitation, et les dames n'aiment point les galants qui ne sont pas toujours prêts à marcher aux guerres et aux tournois: elles veulent des gens empressés à saisir toutes les occasions de se faire honneur. Soyez le dernier à la retraire comme le premier à la charge: car tel doit être celui qu'amour conduit.

Ce passage est très interressant, notamment pour contribuer expliquer la présence des grelots vu sur le folio n°174 du Moralia in Job Gregorius (cf. plus haut) et daté de quelques décénies avant.


Je ne sais pas lequel de ma jument ou de moi va craquer le premmier après une journée à tinter...
Je suis en train de terminer le modèle, tout le détail de la fabrication et de l'habillage seront disponible sous peu.

Les Etapes de fabrication

Premiers essais, très sécurisés comme on peut le voir...
Heureusement que la jument est cool.

J'ai retaillé la selle originale afin de lui donner une allure plus ancienne et moins typée "dernier tiers du siècle" (que celle du Hortus deliciarum par exemple).
Puis, je l'ai peinte en rappelant mes couleurs.

J'ai ensuite réalisé les sangles au mesures de la jument.
Voici donc un premier jet.

 

 

La méthodologie, les matériaux utilisés, les explications de la fabrication et de l'habillage doivent paraître sous peu dans un article édité dans Le Médiéviste.
Par la suite, je les mettrai ensuite sur le site avec un peu plus de détails techniques....

Lou Teignou


Un petit montage pour changer le paysage en arrière plan et montrer le produit (quasiment) fini...

 

 

 

 

 

 


SteRadegonde, fresque, c.1175 - Aliénor en exil