L'Ost de Montjoie
INTERPRETATION ET RECONSTITUTION
D'UNE BROIGNE

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Etude

Afin de diversifier les armures portées par nos milites, nous avons étudié quels pouvaient être les autres types de protection en vigueur au XIIe siècle, en nous référant si possible à des sources du Grand Sud Ouest comparées à des sources européennes occidentales de la même période.
Alors que certains écrits évoquent l'existence de breine par opposition aux hauberc treslies en donnant parfois certains détails permettant d'échafauder une théorie de reconstitution (cf. La Geste de Girard de Rossillon par exemple), d'autres informations contradictoires rendent caduque la véracité d'une association de ce terme à un type d'armure spécifique dans l'esprit des auteurs d'alors.

Nous nous sommes donc penchés vers les textes antérieurs au XIIe siècle, et dans de rares cas, il est fait mention que les broignes étaient semble-t-il faites de cuir bardé de fer... Une interprétation ancienne mais néanmoins intéressante d'une broigne du début du XIe siècle est proposée sur le site du lac de Paladru, Charavine Colletière. En effet, Les fouilles archéologiques entreprises là-bas ont trouvé des pièces de métal rectangulaires à ovales, vraisemblablement entrant dans la composition d'une broigne. L'intérêt de ces pièces réside avant tout dans le mode de fixation des plaques métalliques qui s'apparente à une sorte attache parisienne centrale.
Vestige de plaque, Lac de Paladru, fouilles de Charavine
Bien que cette référence soit de l'Isère, nous l'avons archivé pour information, étant la seule pièce aussi aboutie à notre disposition pour évoquer un système d'attache.
Seulement, le site de Charavine est loin de l'Aquitaine du XIIe siècle, dans l'espace mais aussi dans le temps et les pièces trouvées sur la site archéologique de Pineuilh-St Foy-la-Grande/Gironde ne sont pas aussi explicites.
Nous avons donc persévéré dans nos recherches et nous avons finalement retrouvé des représentations plausibles de broignes dans une iconographie pourtant vue et revue.Il apparaît que les milites, souvent pedites (mais pas toujours - loin s'en faut) apparaissent revêtus d'une autre armure.

Celle ci apparait soit comme une armure recouverte d'écaille, soit comme recouverte de petites plaques de diverses formes. Nous nous intéresseront ici à celles représentées quadrillées.
Quasiment systématiquement (mais pas toujours), ces armures sont portées par des personnages représentés en second plan par rapport au personnage principal lui même revêtu d'une haubert que l'on peut clairement identifier comme un haubert de maille (hauberc treslie).
Alors, la question de savoir s'il s'agit d'un reflet de la réalité ou simplement d'un code stylistique pour représenter un haubert ou un gambison demeure.
Basilique Ste Madeleine de Vezelay (Yonne) - c.1120-1140 - Le meurtre d'Amnon

Nous ne prétendons pas donner la solution, mais certains éléments sont néanmoins troublants lorsqu'ils sont recoupés:

- lorsque inclus dans une militia, les personnages en prétendue broigne sont toujours en second ou arrière plan et servent, semble-t-il, de faire-valoirs au(x) miles(ites) du premier plan.
- ils sont parfois en nombre inférieur, ce qui correspondrait à certaines annotations relevées dans les cartulaires mentionnant des droits d'arbergue (gîte) pour trois cavalers et deux sirventes, confirmant qu'à cette époque, le schéma classique du chevalier entouré de ses suivants plus nombreux n'était vraissemblablement pas encore de mise.
- cette armure relativiserait l'emploi du haubert treslie, fort coûteux à l'époque, et totalement sur-représenté en reconstitution aujourd'hui - à commencer par notre troupe.
- rappelons que très souvent, dans l'iconographie, les personnages représentés sont importants par leur statut social ou leur fonction. Ceux qui ne le sont pas dans la vie quotidienne semblent le devenir par contact avec un haut personnage présent sur la scène, et de ce fait, ils sont donc très souvent représentés embellis (cf. le berger approchant le Christ par exemple).
- cet autre haubert est identiquement représentées dans quasiment (quasiment) tout le XIIe siècle, et contra la maille (malha) treslie dont les représentation montrent une évolution de la physionomie au cours du siècle, elle ne semble pas avoir reçu de modifications durant cette période...
Bourges - BM - ms. 0003, fin XIIe, f.096 - David et Abishag
- enfin, il arrive que des personnages soient représentés seuls en étant revêtus d'un tel haubert, mais la légende explicative de la représentation va dans le sens d'une armure ancienne ou désuète pour le XIIe. On a à l'esprit la représentation de l'Eglise abbatiale Ste Marie de la Règle à Limoges, montrant un St Mauricius en broigne. St Maurice était un ancien musulman converti au christianisme. Ici, ce serait le côté «ancien musulman» qui aurait été retenu par les sculpteurs pour montrer St Maurice dans une vêture ancienne (contra les représentation ultérieures au XIIe siècle qui le représentent dans une armure up to date).
- Il semblerait d'après l'équipement porté par ces milites que soient représentées des broignes de personnages de rang juste inférieur à ceux principaux, laissant de ce fait la possibilité d'y inclure des sirvientes à cheval, voire des equites ou des milites castri possédant de moindres revenus.
On n'a que peu de représentation claires et explicites de milites de plus bas niveau.


Eglise abbatiale Ste Marie de la Règle, Limoges, c.1105, St-Mauricius
Description:

La forme générale de l'armure semble similaire à celle des hauberts de maille (malha) portés par les personnages de premiers plans.
Il s'agit d'une armure arrivant aux genoux, visiblement fendu devant et derrière à l'entrejambe pour l'aisance en selle, et munie la plupart du temps d'un capuchon attenant au col. Les manches sont souvent longues mais on peut raisonnablement considérer qu'à l'instar de celles des hauberts de maille, elle peuvent être courtes aux coudes voire 3/4.
Cependant, là encore, le niveau social des milites observés peut biaiser l'observation.
L'armure semble par contre systématiquement et "universellement" recouverte de multiples plaques de formes carrées, losangiques ou rectangulaires, mais disposées de façon très jointives les unes aux autres et semblant munies en leur centre d'un embossage symbolisant un système de fixation.

Itier lo Teignou

Pierpont Morgan Library, Bury St Edmund, UK, c.1130, MS (2)Louvre, mi XIIe siècleBasilique Ste Madeleine de Vezelay (Yonne) - c.1120-1140 - Le meurtre d'AmnonFronton du portail de l'Eglise de Modena, Italie, début XIIe siècle


Réalisation

Une hypothèse de réalisation de cette armure est en cours.

Conçue pour être portée sans matelassure de type gambison, cette dernière se compose d'une assise en cuir demi-gras épais, sur laquelle sont fixées des plaques de fer de 4cm côté. Plusieurs méthodes de fixation (dont celle de Charavine avec un sorte d'attache parisienne) ont été essayées et seront détaillées bientôt à l'aide de photos dans un tutoriel. Une peau souple double l'intérieur, et protège les vêtements des fixations tout en renforçant la protection.

Les photos et le tutoriel sont en cours








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